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Un député kabyle critique Abdelkader, Messali Hadj et Boumediène

lundi 16 novembre 2009, par Rezki Mammar

D’après un journal arabophone, le député de Haute-Kabylie a récemment présenté les deux figures du nationalisme algérien comme des « traîtres à la nation ». Deux blogs kabyles se sont empressé de condamner cet élu du RCD, un parti laïc kabyle. Pourtant, ce « dérapage » n’a rien d’exceptionnel : ces personnages ont façonné une identité algérienne qui exclue le paramètre berbère et en retour des génération de Kabyles le leur rendent bien.

Ce n’est pas tous les jours qu’un député algérien accuse de trahison les pères fondateurs de la nation. Le journal arabophone El Khabar du 7 novembre rapporte que Nordine Aït Hammouda a tenu de tels propos à l’égard d’Abdelkader, de Messali Hadj et de Houari Boumediène. Le premier a combattu la France jusqu’en 1847, le second a participé au mouvement nationaliste dans les années 30 et 40, le troisième a régné sans partage depuis son coup d’Etat en 1965 jusqu’à sa mort en 1978. Les sites Kabylienews et Algérie Politique ont tous deux dénoncé de « graves propos ».

Quelle que soit leur portée, les accusations du député n’ont rien de nouveau puisqu’ils s’inscrivent dans la tradition de l’opinion kabyle. Commençons par l’émir Abdelkader, en 2006, Hocine Benhamza [1] résume l’image de ce chef : « Que reste-il de l’épopée d’Abdelkader ? Les autorités algériennes le présentent comme un homme d’Etat de grande envergure, comme un combattant intrépide, un meneur d’hommes qui s’est sacrifié pour son pays. Interrogez à présent les jeunes Kabyles à son sujet, ils vous citent ces vers d’une chanson de Matoub Lounès « Abdelkader yerrunda » (Abdelkader s’est rendu). Réaction de rancœur contre le fait que l’école algérienne occulte les chefs de la résistance kabyle aux invasions romaines et arabes ».

En fait, en 1871, Abdelkader a refuse de soutenir les insurgés qui ont pris les armes contre la France : en invoquant sa loyauté à ce pays, le chef a vu son image écornée. En kabyle, le verbe « rrundi » est hautement péjoratif car il est directement issu du français « se rendre » et il est apparu dans le contexte colonial marqué par une opposition farouche à la France. Se rendre, implique une trahison pour son propre camp. [2]. Nordine Aït Hammouda n’a donc rien inventé concernant Abdelkader.

Panarabisme et dictature

L’hostilité vis à vis de Messali Hadj est bien plus grande. Là encore, il faut rappeler l’opposition entre ce chef et Imache Amar qui dénonçait déjà l’hégémonie de son rival en 1947 [3]. Il a fallu attendre les années 50 pour que les Kabyles et l’ensemble des nationalistes algériens se désolidarisent en masse de Messali, dont les derniers partisans ont été massivement éliminés par le FLN pendant la Guerre d’Algérie. En Kabylie, la jeune génération militante Messali l’image d’un homme qui n’a rien fait pour empêcher l’élimination des berbéristes à partir de 1949.

Quant à l’ancien président Boumediène, également visé par Aït Hammouda, la poésie kabyle regorge de qualificatifs peu flatteurs. Dans sa chanson Pouvoir assassin, Oulahlou le compare à Pinochet. Cette chanson est d’ailleurs interdite à la vente en CD en Algérie. Matoub Lounès a déformé Boumediène en Buydedyen (Le Boutonneux) dans Awinna yeruhen dans l’album L’Ironie du Sort en 1989. Le 19 juin 1977, ce chef d’Etat a également été conspué par les supporters kabyles de la JSK, l’équipe de Tizi Ouzou qui ont crié « A bas la dictature » en plein stade.

Notes

[1] dans L’Algérie assassinée, paru en 2006 aux Editions de Paris

[2] La chanson à laquelle Benhamza fait référence se trouve sur l’album Tamsalt n Sliman sorti en 1983

[3] dans Lettre d’adieu aux travailleurs algériens résidant en France citée par Ali Guenoun dans Chronologie du mouvement berbère aux édition Casbah, Alger 1999

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