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Tunisie, une Constitution en trompe-l’œil

lundi 27 janvier 2014, par Rezki Mammar

Sur le rapport entre l’Etat et l’islam, sur les questions de langues et les valeurs, tout est écrit noir sur blanc : il s’agit d’un texte d’inspiration arabo-musulmane.

Les médias tunisiens et étrangers s’extasient à haute voix sur les avancées attribuées à la nouvelle Constitution adoptée à Tunis le 26 janvier par l’Assemblée constituante. Pour se faire une idée, il suffit de lire le texte en question.

Les observateurs ont beaucoup insisté sur la mention de la liberté de conscience accordée par la Constitution. Le problème, c’est que l’article 6 commence par rappeler que « L’Etat est gardien de la religion », une contradiction qui peut très bien se retourner contre la liberté de conscience, d’autant qu’on ne parle ici que d’une seule religion. Le ton est résolument conservateur, ainsi l’article 8 constitutionnalise la famille comme « cellule essentielle » que l’Etat doit protéger. Ce passage peut être utilisé contre les homosexuels tunisiens. Quant à l’article 16, il sacralise le « droit à la vie », ce qui réduit considérablement le droit à l’avortement. L’article 141 interdit toute réforme constitutionnelle qui remettrait en cause « l’islam comme religion d’Etat », ce qui met fin à toute ambiguïté. Combien de journalistes étrangers ont pris le temps de lire cette Constitution ?

Identité et arabisation

La Constitution impose à la Tunisie l’identité arabo-musulmane. La langue arabe est gravée dans le marbre dès l’article 1, sans aucune mention de la langue la plus ancienne du pays, tamazight, qui est toujours pratiqué dans le sud.

La Tunisie est un État libre, indépendant et souverain, sa religion est l’Islam, sa langue est l’arabe et son régime est la République.

L’article 5 affirme l’appartenance au « Maghreb arabe ». L’article 38 consacré à l’enseignement stipule que l’Etat veille à « enraciner l’identité arabo-musulmane » et « à soutenir et à généraliser l’utilisation de la langue arabe » . Pour éviter toute réforme, l’article 141 interdit tout réforme en ce qui concerne « l’arabe comme langue officielle ».

Nous avons consulté la fameuse Constitution sur le site Mersad, dans sa version francophone : il permet de voir les textes avec leurs différentes modifications et on peut savoir quel député a voté et dans quel sens.

Vignette illustrant cet article, source Wikipedia sous licence Creative Commons Paternité

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