mardi 13 novembre 2007, par rezki
Rezki.net va consacrer un dossier au conflit social à l’université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou, en commençant ici par les enjeux et les revendications en présence..
Voici le constat de Mohand, étudiant en médecine et représentant étudiant, il résume le point de vue général :
« On ne peut pas demander aux étudiants d’être performants en termes d’études, en terme de productivité intellectuelle si on ne donne pas un minimum de moyens (...) Un étudiant est obligé de faire une heure à une heure et demie de queue pour manger un plat médiocre, quand il n’a pas l’eau chaude pour se doucher, quand il n’a pas de terrain de sport pour pratiquer une activité physique et vous lui demandes en contrepartie d’être performant sur ses études.. Cela veut dire que c’est la politique du deux poids deux mesures. »
Parmi les points les plus sensibles, celui du logement. Les étudiantes nous apprennent que des chambres ont été retirées arbitrairement et inversement des personnes extérieures obtiennent des places en résidence. Dans ses attributions, la direction des oeuvres universitaires ne tient pas compte des spécificités : des cités de filles se sont retrouvées transformées en cités pour garçons.

Le foyer le plus intense de la mobilisation se situe à Bastos, dans les cités universitaires des filles. Ici, il est difficile de s’alimenter : 18 000 filles prennent leur repas au restaurant mais il n’y a que 6 000 repas. Manger devient une course de fond, il faut patienter des heures. Idem pour le transport. on compte huit bus seulement pour 18 000 personnes et la moitié de ces véhicules vienenent d’être supprimés. Celles qui ont les moyens préfèrent payer de leur poche le déplacement pour arriver à l’heure, les autres doivent s’entasser à bord, au détriment de la sécurité. Etudiante en droit et membre du comité de Bastos, Sabrina dit avoir rédigé plusieurs rapports pour alerter les autorités, en vain.
En poste depuis 2005, la directrice des oeuvres universitaire est vite devenue impopulaire. Lors de la rentrée 2006, un mouvement avait déjà bloqué l’université. Cette année, les étudiants ont obtenu le renvoi de la responsable.

Pour toute explication, les membres des comités ont essuyé des menaces et des coups. Le 6 novembre, un étudiant Rafik a été sévèrement blessé par le service de sécurité du campus. Un autre jeune, Amirouche, inscrit en génie électrique a même été condamné à trois mois de prison ferme et 10 000 dinars (100 euros, l’équivalent d’un mois de salaire) en juillet dernier. L’affaire remonte à février dernier : dans une file d’attente, un conflit éclate entre les étudiants et le personnel, un responsable emmène Amirouche dans son bureau. L’étudiant se retrouve tabassé et frappé à coup de couteau à la gorge, il est sauvé par l’intervention de deux employés. Mais les choses ne s’arrêtent pas là, puisque notre étudiant se rend au commissariat Trois de Tizi Ouzou, pour porter plainte là aussi Amirouche a essuyé des insultes et a même failli être tué, il s’en tire finalement avec une condamnation sévère. Le jeune étudiant attend son arrestation d’un jour à l’autre.
Le 11 novembre, lors de notre dernier passage à l’université, les manifestants sont partis occuper l’entrée du siège des oeuvres universitaires. Nous avons avancé parmi eux dans un cortège où figurent des policiers en civil (selon les connaisseurs). Le rassemblement s’est poursuivi, émaillé de jets de pierres. Ce 13 novemebre au soir, une source étudiante nous apprend que la directrice Ourida Laarfi a été relevée de ses fonctions. A Mouloud Mammeri, les étudiants veulent rester mobilisés jusqu’à l’obtention de meilleures conditions de vie.

Du côté des médias, les étudiants nous ont confié leur colère contre l’ENTV, la télévision d’Etat. Début novembre, celle-ci a invité Ourida Laarfi mais n’a jamais parlé des préoccupations étudiantes. Même la presse écrite algérienne a boudé ce sujet, mis à part El Watan qui évoque le conflit dans son édition du 7 novembre.
Dans l’article suivant, nous mettons en ligne une vidéo de la grève à l’université de Tizi Ouzou