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Taghjijt, les associations berbères dénoncent la répression

mercredi 3 février 2010, par Rezki Mammar

Six personnes sont actuellement détenues après la dispersion d’une manifestation à Taghjijt. Plusieurs associations berbères ont organisé un rassemblement à Paris le 31 janvier pour exiger leur libération et dénoncer la répression exercée par les autorités marocaines contre les militants berbérophones, notamment ceux qui utilisent Internet.

Ils sont quelques dizaines à être venus soutenir les détenus de Taghjijt malgré le froid et la finale de la Coupe d’Afrique. Ce 31 janvier, plusieurs associations berbères ont répondu à l’appel de Tamaynut France. Lors de ce rassemblement, nous avons pu obtenir de nombreux détails sur les événements récents de Taghjijt dans le Sud du Maroc. Nous avons notamment recueilli le témoignage d’un habitants de cette ville, Brahim Bousmene [1], qui est aussi sympathisant de Tamaynut France.

Tout commence le 1er décembre dernier par une manifestation devant le siège de la municipalité. Les étudiants de Taghjijt sont venus demander le remboursement de leurs frais de transports, qui sont assez élevés. Il faut préciser que Taghjijt appartient à la province de Guelmim, elle-même rattachée au Sahara Occidental. Les étudiants du Sahara ont droit à une prise en charge de six aller-retour par semaine vers Agadir, mais ceux de Taghjijt se font rembourser uniquement la distance séparant Agadir et Guelmim, le reste est à leur frais. Les manifestants demandent également l’attribution de bourses pour leurs camarades qui ne les ont pas obtenues ainsi qu’une aide pour la rédaction de leur mémoire.

Des peines de prison ferme

Très vite, trois étudiants ont été interpellés, le 15 décembre, ils ont été condamnés à six mois de prison ferme. Deux autres personnes ont ensuite été arrêtées, il s’agit du blogueur Hazzam El Bachir, à qui les autorités reprochent d’avoir diffusé le communiqué étudiant sur Internet. Le jeune homme a écopé d’une peine de quatre mois de prison ferme. L’autre personne arrêtée est le gérant d’un cybercafé de Taghjijt, condamné à un an ferme, parce que les étudiants auraient posté leurs revendications par mail et sur des sites depuis son établissement. L’un des chefs d’accusation soulevés dans cette affaire fait beaucoup parler de lui, il s’agit de l’« incitation à la haine raciale », parce que les communiqués ont osé aborder la question amazighe.

Lhassen et Ali, de Tamaynut France

La sixième personne arrêtée est le président de Tamaynut Taghjij et membre du conseil d’administration de Tamaynut Maroc, regroupant de nombreuses associations berbères. Ce cadre, qui n’a pas encore été jugé a été appréhendé par les forces de l’ordre alors qu’il recevait une délégation de militants amazighs venus des îles Canaries.

Pas de rassemblements à l’ambassade

A Paris, après Tamaynut France, des responsables d’associations berbères ont pris la parole pour joindre leur voix à la mobilisation partie du Maroc en faveur des six détenus : l’Association berbère chaouie, Azal et Tamazgha. Dans la foule, nous avons aperçu les chanteur Mejja et Messaoud Nedjahi ainsi que le nouveau animateur de l’émission en tachelhit de Berbère Télévision. Les personnes présentes ont écouté avec intérêts mais en grelottant de froid, puis se sont séparées. Juste avant de partir, nous avons appris que les organisateurs auraient aimé se rassembler devant l’ambassade du Maroc, située tout près du Trocadéro, mais que cette demande a été refusée. Ce n’est pas la première fois qu’un Etat nord-africain use de ses relations avec Paris pour empêcher une manifestation.

Le chanteur et écrivain Messaoud Nedjahi au micro de Berbère Télvision

Il est à noter que cet rassemblement a réuni des Chleuhs, des Kabyles et des Chaouis.


Parmi les intervenants figure l’auteur de cet article. Il nous a été demandé de prendre la parole, ce que nous avons fait, pour dénoncer la répression contre les militants berbérophones et parmi eux les utilisateurs d’Internet. Rezki.net renouvelle ici son soutien au blogueur Hazzam El Bachir ainsi qu’au propriétaire du cybercafé. Ces deux personnes, tout comme les autres sont victimes d’un Etat qui redoute la liberté d’expression.

Notes

[1] L’interview de Brahim Bousmene paraîtra après cet article

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