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Printemps berbère, témoignage de deux anciens détenus politiques

vendredi 23 avril 2010, par Karim T, Rezki Mammar

Gérard Lamari et Aziz Tari font partie des organisateurs du mouvement étudiant à Tizi Ouzou lors du Printemps berbère de 1980. Lors du rassemblement du 18 avril à Paris, les deux hommes sont venus s’exprimer devant la foule. Emus aux larmes, les intervenants ont appelé à l’unité des Kabyles « dans l’esprit de 1980 ».

Lors de son allocution, Aziz Tari a appelé les Kabyles à l’unité face aux manipulations du pouvoir algériens. Personne n’est visé nommément, mais l’homme semble redouter un nouvel embrasement de la Kabylie.

Cette vidéo comporte un problème technique, elle se bloque en cours de lecture. Le bug se reproduit au bout de plusieurs montages. Voici une transcription du passage à la tribune des deux anciens animateurs du Printemps berbère.

Gérard Lamari : « Je suis très ému devant cette communion entre nous tous. Cela fait très longtemps que je ne me suis pas exprimé devant une assemblée aussi grande, aussi importante. En 1980, on a afait ce qu’il fallait faire, malgré les risques. Nous l’avons payé dans notre chair, mais il faut savoir que d’autres plus tard et d’autres qui nous ont précédé l’ont payé de leur vie. Nous avons donc. Nous avons donc apporté notre contribution à un moment de l’histoire. Certes, 1980 est une date fondatrice, indélébile. J’espère plus tard pourquoi pas que cette communion se retrouve un jour, qu’on se retrouve tous un jour à Tizi Ouzou ou à Bgayet pour se retrouver avec le sourire. Aujourd’hui, la Kabylie en particulier vit un moment charnière, un moment difficile, l’avenir est incertain, donc il est important de réfléchir à la suite, de se poser et de bien envisager de manière responsable l’avenir. Donc j’espère qu’on se retrouvera un jour en faisant une grande fête entre nous tous, Kabyles et Imazighen de manière générale. Je vous remercie et je passe le micro à mon ami » [Aziz Tari]...

Aziz Tari : « Azul Fellawen, je suis très heureux d’être parmi vous, ensemble dans l’unité pour commémorer cette journée du 20 avril qui appartient à tout le peuple kabyle et au-delà du peuple kabyle au peuple amazigh. Cette journée restera dans la mémoire du peuple kabyle et amazigh quelque chose de fondateur, quelque chose qui va donner une voix, et [rendre] la parole qui a été confisquée depuis 1949. Nous, on était jeunes, mais on a été portés aussi par cette révolte, parce qu’on est dans un système qui nous a exclus, qui nous a niés et qui ne nous a laissé aucune place.

1980, ce n’est pas une révolte, 1980 est une insurrection générale de la Kabylie, du peuple kabyle, partout, pour dire non (applaudissements) pour dire non à une nation qui les a exclus, à un pouvoir qui les a réduits au silence.

1980 aussi, c’est la naissance d’un espoir. Cet espoir-là, il a traversé les mers et les océans, les terres, pour aller chez nos frères qui sont en Afrique du Nord, pour devenir aussi une date dans leur mémoire. (…) Trente ans après, c’est dans l’unité qu’on peut gagner la bataille. La situation de la Kabylie aujourd’hui est encore plus grave, c’est la question de sa disparition qui est posée et ça [nous] demande à nous tous d’être sereins, intelligents et unis pour que demain la Kabylie et à travers elle tout le peuple amazigh doit reprendre la place qui est la sienne. Et le combat doit continuer dans l’esprit de 1980 au sens de l’unité.

Ma pensée, mon coeur va à la Kabylie qui va fêter ça le 20 avril et je donne le même message, c’est d’être sereins, la situation est très difficile, d’être unis et de ne pas laisser nos ennemis venir semer la zizanie parmi nous (…).

Le combat est difficile, on est tombés sur un pouvoir fasciste, sanguinaire, prêt à nous détruire et pour cela il faut qu’on soit intelligents que lui (…) Aujourd’hui, la Kabylie est dans un état catastrophique, elle est occupée. La seule réponse qu’il [le pouvoir] nous a donnée depuis trente ans, ce sont les traumatismes et les deuils (...). Ma flamme depuis 1980 n’est pas éteinte, je me bats toujours et c’est dans cet esprit-là que je continue avec vous dans l’unité. Je vous remercie. »

Lire également Gérard Lamari, un regard lucide sur le mouvement berbériste et Le rassemblement Tafsut 2010 Place de la République

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