Numidia Tin-Ass, un prénom berbère interdit au Maroc
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Elle s’appelle Numidia Tin-Ass, son prénom est déjà enregistré à la mairie de Roubaix. En revanche, le consulat du pays d’origine refuse. Le père a décidé de se battre, notamment en ouvrant un blog. Le Maroc interdit les prénoms qui ne sont pas arabes et musulmans, une stratégie renforcée dans les années 1990 pour faire face aux berbérophones qui se réapproprient leur culture.
Lhoussain Azergui a été journaliste au Maroc, puis est venu s’installer en France en 2006. Mais même en Europe, les ressortissants marocains sont victimes d’une politique des prénoms dictée par Rabat.
Dans un premier temps, Lhoussain s’est rendu à la mairie de Roubaix (dans le département du Nord), il y a enregistré le prénom de sa fille Numidia Tin-ass, apparemment sans aucune difficidulté.
Puis le 6 mars, le père se rend au consulat du Maroc le plus proche de chez lui, à Lille. Là, le couperet est tombé, c’est le refus. A moins d’accepter les obstacles administratifs : « L’agent du consulat marocain m’avait expliqué que le prénom n’est pas autorisé ce qui le contraint à envoyer un courrier à Rabat pour qu’une commission du Ministère de l’intérieur décide de la suite à donner à ma requête », raconte Lhoussain.
Deux mois plus tard, aucune réponse. Du coup, le père décide d’envoyer un communiqué à plusieurs sites dont le nôtre. Nous nous associons à cet appel. Un blog appelé Tin-Ass a également vu le jour pour faire connaître la situation des Berbères qui refusent de tourner le dos à leurs prénoms et à leur culture de manière générale.
Le communiqué de Lhoussain Azergui
Le 6 mars dernier, le service de l’état civil du consulat du Maroc à Lille refuse d’inscrire le prénom "Numidia Tin-Ass" qui j’ai choisi de donner à ma fille déjà enregistrée au service d’état-civil de la mairie de Roubaix. L’agent du consulat marocain m’avait expliqué que le prénom n’est pas autorisé ce qui le contraint à envoyer un courrier à Rabat pour qu’une commission du Ministère de l’intérieur décide de la suite à donner à ma requête. Deux mois après, le consulat marocain à Lille refuse toujours d’inscrire ma fille sur ses registres d’état-civil.
Il s’agit là d’une attitude absurde et injuste qui n’est rien que la manifestation du mépris affiché par les institutions marocaines à l’égard de tout ce qui a trait à l’identité et à la civilisation amazighes. Par le présent communiqué, je tiens à faire savoir ma détermination à me battre pour que les services consulaires marocains inscrivent ma fille avec le prénom que ses parents ont choisi. En aucune façon, et quelque soit la décision de la commission du ministère de l’intérieur marocain, je ne changerai de prénom à ma famille.
Je tiens, par la même occasion, à dénoncer l’interdiction des prénoms amazighs aussi bien à Tamazgha qu’à l’étranger sous des prétextes racistes et primitifs. L’Etat marocain doit abroger la loi relative aux prénoms, une loi d’un autre âge.
N’étant que l’une des nombreuses victimes de ce comportement anti-amazigh des autorités marocaines, je tiens à exprimer ma solidarité avec toutes les familles privées de donner des prénoms amazighs à leurs enfants.
Enfin, j’appelle tous les esprits libres, épris de justice et de démocratie, à m’appuyer dans ce combat pour la dignité et contre l’absurdité, et à dénoncer l’attitude arbitraire des autorités marocaines.
Lhoussain Azergui Journaliste indépendant et auteur