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Mouloud Mammeri, sa vie et les circonstances de sa mort

dimanche 1er mars 2009, par Rezki Mammar

Pour marquer les vingt ans de la disparition de l’écrivain Mouloud Mammeri, l’association Tudert a invité des artistes, des intellectuels et le public à une soirée. Nous y avons croisé un public nombreux, de toutes les générations et qui avait aussi son mot à dire sur celui qu’on appelle Dda Lmulud.

Samedi 21 février à 19h00, la place Jean Jaurès de Pierrefitte est plutôt animée. Parmi les badauds, certains sont venus à la soirée de l’association Tudert, puis sont ressortis, pour fumer, pour bavarder, mais surtout pour attendre un ami ou un proche qui s’est perdu en route. « Avec les Kabyles, c’est comme ça, les gens sont tout le temps en retard » plaisante un homme rondouillet en fourrant les mains dans ses poches de son anorak. Plus sérieusement, le bonhomme nous explique qu’il ne raterait pour rien au monde un hommage à « Dda Lmulud », le surnom respectueux qu’on donne à cet écrivain en Kabylie.

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Hamid Salmi, ethnopsychiatre, lors de la soirée consacrée à Mouloud Mammeri

Pas moins de vingt minutes plus tard, le public est assis. Au premiers rangs à gauche on distingue plusieurs visages familiers : le poète et parolier Ben Mohamed, l’ethnopsychiatre Hamid Salmi, l’ethnologue Farida Aït Ferroukh, le journaliste Arezki Metref. Un peu plus tard est arrivé le chanteur et leader autonomiste Ferhat Mehenni, venu rendre hommage au défenseur de l’identité amazighe. Dans la salle, on croise les chanteurs venus se produite en fin de soirée, ainsi que des invités : la chanteuse Aldjia, le comédien Naguib et des cadres associatifs d’un peu partout en région parisienne.

Accident ou assassinat ?

Hamid Salmi prend la parole pour évoquer l’écrivain. « Mouloud Mammeri est avant tout un passeur pour moi », déclare l’ethnopsychiatre. Un passeur, cela veut dire que l’auteur a servi de lien entre l’ancien et nouveau monde, entre la Kabylie et ses migrants.et entre les différentes cultures qu’il a connues et étudiées. L’intervenant dit aussi son admiration pour un homme qui a su défendre ses idées sans se laisser entraîner « sur le terrain de l’idéologie ». Ben Mohamed entame ensuite un hommage beaucoup plus long, mais le public est moins attentif. Dans le fond de la salle et à l’entrée, des groupes se forment, on discute à bâtons rompus de manière moins académique que les intellectuels. Quand il parle de Mammeri, le Kabyle évoque un sujet moins politiquement correct : « Mouloud Mammeri a été assassiné par le régime » et certains estiment que ce spor « nos intellectuels » ont manqué de tact en ne parlant pas de la disparition mystérieuse de Dda Lmulud. Plusieurs personnes nous rafraichissent la mémoire sur les circonstances peu claires de cette mort. Le 26 février 1989, l’écrivain rentre d’un colloque au Maroc, il roule seul dans sa voiture du côté d’Aïn Defla. Puis c’est l’accident. Un drame sans témoins, sans enquête (malgré les demandes formulées par des personnalités kabyles). La thèse de l’assassinat n’a jamais été sérisuement étudiée ou démentie, en tout cas elle est solidement ancrée dans l’opinion kabyle.

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