Matoub Lounès, l’année des hommages dansants
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Matoub Lounès, assassiné le 25 juin 1998 reste l’une des personnalités kabyles les plus populaires, au moment où le régime algérien achète et achète les partis, les artistes et les intellectuels en pétrodinars sonnants et trébuchants. Pourtant, ce mois de juin 2009 restera comme un anniversaire peu glorieux. Onze ans après l’assassinat du chanteur kabyle dont les auteurs n’ont pas été jugés, quelques malins ont trouvé une occasion de monter des concerts et des rencontres festives. Chose curieuse cette années, les artistes invités aux hommages déclarent qu’ils n’ont jamais voulu y participer. Récit d’un malaise.
Peut-on imaginer un instant que l’on puisse danser pour commémorer l’assassinat de Martin Luther King, de Gandhi ou d’Abraham Lincoln ? Chez les Kabyles pourtant, cette pratique existe, notamment en souvenir de Matoub Lounès, dont le véhicule a été criblé de centaines de balles le 25 juin 1998 sur une route de Haute-Kabylie. Depuis, la communauté internationale a oublié le Rebelle, les médias également. L’artiste reste une icône chez les Kabyles de toutes générations et les associations lui rendent des hommages appuyés chaque mois de juin. Mais ces rencontres sont surtout des rencontres festives de début d’été. Ces dernières semaines, quelques événements ont provoqué des réactions négatives, ce qui est inédit, car chez les Kabyles on critique rarement ouvertement.
Le 13 juin, l’association Amitié franco-berbère d’Aulnay organisait justement un hommage. D’après un témoignage paru sur Internet, Matoub Lounès était le grand oublié du jour. « Ce qui frappe dans un premier temps est le peu de visibilité de l’image du chanteur assassiné » notent Nafa Kirèche et Arezki Bakir, les auteurs de l’article, paru sur Kabyle.com le soir-même.
Autre lieu autre date, le 28 juin prochain, des artistes se produiront au Zénith de Paris pour rendre « hommage » au chanteur assassiné. Cette grand messe coûte la bagatelle de trente euros la place. Officiellement, aucune voix ne s’est élevé contre cette initiative, mais le sujet alimente les conversations pour savoir où iront les recettes du spectacles, ou encore pour connaître le point de vue de la famille Matoub. Surtout que l’un des artistes invités à ce concert a démenti sa présence : Lahlou Tighremt a déclaré sur notre site qu’il ne sera pas présent au Zénith et que son nom figure par erreur sur les annonces publiées dans la presse. Mystère.
Une chanteuse a également été annoncée à tort dans un hommage. L’association euro berbère de Pierrefitte mentionne Malika Domrane pour une soirée qui a lieu le 27 juin, ce que l’artiste dément catégoriquement.
Autre cas de figure, une association membre de la Coordination des Berbères de France (CBF) a invité Malika Matoub, sœur de l’artiste assassiné à être présente le 28 juin à Saint-Denis, pour un « hommage ». D’après un témoin, cette dernière a décliné l’offre en précisant que la CBF l’avait toujours ignorée et elle et sa fondation.