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Lounès Matoub dans la revue Altermed

mercredi 28 mai 2008, par Rezki Mammar

Dans son dernier numéro, la revue Altermed La Méditerranée autrement consacre un grand dossier au chanteur kabyle assassiné le 25 juin 1998. Plusieurs dizaines de pages présentent l’artiste, ses influences intellectuelles, sa vision politique, le tout accompagné de photos rares ou inédites et de textes. Derrière ce travail : Yalla Seddiki, auteur d’une traduction en français des textes de Matoub Lounès.

Dix ans après son assassinat, Matoub Lounès est plus que jamais au centre de l’actualité artistique, sociale et politique de la Kabylie. Le deuxième numéro de la revue Altermed La Méditerranée autrement est largement consacré au chanteur. L’intérêt de ce travail, c’est de ne pas tomber dans les pièges de l’hommage purement formel mais d’ouvrir des pistes de réflexion sur l’existence de l’artiste. Yalla Seddiki, le principal auteur du dossier, connaît son sujet : en 2003 il a signé Mon nom est combat (éditions La Découverte), une traduction en français des chansons de Matoub, il a aussi connu l’artiste de son vivant.
Plusieurs facettes sont ici abordées : les influences intellectuelles du chanteur, parmi lesquelles les poètes et les écrivains kabyles côtoient les auteurs français. L’un des articles du dossier est d’ailleurs une mise en parallèle de Lounès Matoub et d’Arthur Rimbaud. Le premier a en effet adapté en kabyle un poème du second : Le Dormeur du val.

Matoubn méprisé par les « élites » kabyles

Et pourtant, aussi riches que soient ses sources d’inspirations, Matoub Lounès a été méprisé de son vivant par les « élites » kabyles, qui lui reprochent alors de ne pas avoir suffisamment étudié pour être admis parmi elles. De même qu’on a suspecté le chanteur d’être un agent au service du pouvoir algérien dans la seonde partie des années 80. En 1994, alors qu’il a été enlevé pendant deux semaines par un groupe islamiste et relâché après une mobilisation populaire, Matoub est accusé de complicité avec ses ravisseurs, par deux chanteurs kabyles.
Le dossier s’étale sur plusieurs dizaines de pages de traductions, d’articles et d’entretien avec la soeur et la seconde épouse du chanteur.

Au sommaire du dossier :
Les braises, par Lounès Matoub
Sous les cendres de Lounès Matoub, le feu de Tamazight, par Yalla Seddiki
L’incroyable sincérité d’un poète, par Youcef Zirem
Entretien de Yalla Seddiki avec Nadia Matoub
Lounès Matoub et Arthur Rimbaud, par Emmanuelle Favier
Entretien de Yalla Seddiki avec Malika Matoub
Choix de poèmes de Matoub Lounès, traduits par Yalla Seddiki

La revue Altermed La Méditerranée autrement est une publication des éditions Non Lieu, elle coûte 15 euros.

Messages

  • Azul,

    Concernant le paragraphe Matoub méprisé par les élites, je ne sais s’il est de l’auteur du dossier (Seddiki) ou du responsable du site, mais il est on ne peut plus ambigu. De manière expéditive, il y est affirmé que Matoub est méprisé par l’élite qui lui reproche son peu de scolarité, avant de passer, sans transition, à l’épisode de son enlèvement, épisode hautement politisé pour ne pas dire plus, et qui n’engage que 2 partis politiques !

    Il est vrai que quand on parle d’élite kabyle on ne sait à quel saint se vouer, mais bon...

    Sinon, sur l’analyse de Sedikki lui-même, du peu que je viens d’en lire, il faut quand même en clarifier les niveaux et les approches. Analyser la production « culturelle » de Matoub, indissociable de son engagement militant certes, est une chose, et analyser son parcours politique en est une autre. je ne pense pas que les 2 niveaux (culturel vs politique) fassent appel aux mêmes outils. à moins que Sedikki confonde engagement et politique !

    Sur le plan strictement culturel, Matoub a fédéré mieux que quiconque l’aspiration kabyle. de là à le présenter comme un « politique » qui a avait une vision, c’est un pas vite franchi à mon sens. Matoub a toujours été proche du MCB (entendre par là le mouvement de revendication identitaire en général) ; il s’en inspirait, en reprenait les thèses pour les vulgariser mieux que n’importe quel militant politique, mais « la définition des fondements » du mouvement se faisaient ailleurs, hors de lui. certes, il a voulu se présenter comme un rempart contre les dérives du mouvement, preuve de sa sincérité absolue et d’un combat désintéressé, mais de vision, il n’en avait pas. ses erreurs d’appréciation (politique) ne sont tout de même pas négligeables.

    je précise que ce que j’écris est sous réserve, car je n’ai pas lu le dossier. mais il faut peut-être mieux nous préciser l’angle d’approche de Sedikki ! peut-être lui donner, simplement, la parole pour qu’il nous explique son point de vue.

    Je sais que la marque de fabrique de Rezki.net est l’info courte, light et rapide, mais il est des sujets sensibles sur lesquels il faut s’attarder. donner la parole à Sedikki est nettement plus productif pour l’amazighité que d’ouvrir ses colonnes à BMS, un journaliste qui a déjà ses « canaux ».

    Tanemirt.

    Louisa

    • Louisa. Sur la question de l’« élite » il faut bien sûr ajouter des guillemets (je vais d’ailleurs le faire pour que la discussion s’engage sur des bases claires).
      Par contre, l’analyse de Yalla Seddiki ne doit pas être jugée à partir de la présentation ci-dessus, mais sur la base de son travail, sur papier.
      Pour la mension info « courte light et rapide », je la prendrai comme un compliment plein d’épines. Comme j’ai en mémoire l’ensemble de vos commentaires, je crois comprendre que ce n’est pas un reproche à mon encontre.
      La plupart du temps, le Web se doit d’être concis. Auriez-vous préféré un article plus long ? Il signale juste l’existence d’un dossier.
      En ce qui concerne la comparaison entre BMS et Yalla Seddiki, je dirais que ce site est là pour donner à entendre plusieurs voix dans différents domaines. Je me refuse à jouer les juges : les arguments des uns et des autres parlent mieux que les miens et vos commentaires permettent ensuite de faire durer le débat.

    • Louisa. Sur la question de l’« élite » il faut bien sûr ajouter des guillemets (je vais d’ailleurs le faire pour que la discussion s’engage sur des bases claires).


      Je ne crois pas que de simples guillements vont clarifier les choses. Ce qu’il faut clarifier, par contre, est de dire si l’accusation portée à l’encontre de « l’élite kabyle » est de la rédaction ou de l’auteur de l’« étude ». La nuance n’est pas une excentricité de ma part. Si elle est de l’auteur, ma remarque revêt toute son importance.

      Par contre, l’analyse de Yalla Seddiki ne doit pas être jugée à partir de la présentation ci-dessus, mais sur la base de son travail, sur papier.


      Il m’arrive de défaillir, mais j’ai une éthique personnelle qui me force à la rigueur. J’ai bien indiqué dans mon commentaire que ce que j’écris est « sous réserve ». De plus, je ne crois pas que je suis dans le jugement ; j’émets un avis sur la base de ce qui m’a été donné à lire, c’est tout !

      Pour la mension info « courte light et rapide », je la prendrai comme un compliment plein d’épines. Comme j’ai en mémoire l’ensemble de vos commentaires, je crois comprendre que ce n’est pas un reproche à mon encontre.


      Ce n’est ni un compliment ni un reproche, un constat plutôt. Pour « l’ensemble de mes commentaires », j’ose espérer que tu ne fais pas partie de ceux pour qui encouragments et commentaires critiques sont des antonymes ! Auquel cas, je me serais fourvoyée .. :))

      La plupart du temps, le Web se doit d’être concis. Auriez-vous préféré un article plus long ? Il signale juste l’existence d’un dossier.


      Bien-sûr que j’aurais aimé un article plus long. J’ai même suggéré de donner la parole à Seddiki. Ceci est à prendre comme simple requête d’une lectrice du site ; elle (la requête) peut être satisfaite ou non, la décision étant du ressort de l’administrateur.
      Quant à dire que le web se doit d’être concis, je ne connais pas cette règle !

      En ce qui concerne la comparaison entre BMS et Yalla Seddiki, je dirais que ce site est là pour donner à entendre plusieurs voix dans différents domaines. Je me refuse à jouer les juges : les arguments des uns et des autres parlent mieux que les miens et vos commentaires permettent ensuite de faire durer le débat.


      Il est des situations, pour moi, qui méritent que l’on juge : non pas sur le bûcher, mais sur la base des positionnements. BMS en a les siens : ils sont aux antipodes de l’utopie amazighe. Affaire de journalisme ou de jugement, en matière amazighe, l’objectivité serait une vertu, la neutralité, un mythe !

    • Merci Louisa, ta réponse est un véritable travail de précision et de synthèse. Un entretien avec Yalla Seddiki est possible, je lui en ai déjà parlé, c’est juste une question de délai.

    • Moi, je ne vois pas à quoi vous faites allusion lorsque vou parlez d’élites ; Si vraimment les élites dont vous parlez existent, pourquoi n’avaient-elles pas changé
      le cours des choses

    • Quand on parle ici d’élites, on fait référence à ceux qui ont fait le Printemps berbère de 1980, la plupart des intellectuels formés en français bien avant l’arabisation. Ce sont bel et bien des élites kabyles qui ne peuvent rien changer car le pouvoir est détenu par des militaires. Si on prend la Révoution française de 1789, l’élite, (la bourgeoisie) a renversé la nobelesse pour la remplacer, eh bien je dirais que l’élite intellectuelle kabyle n’a pas su mener sa révolution.

  • Je suis une inconditionnelle de Lounès MATOUB. Où peut-on se procurer le magazine ? Voilà à mon sens qui est important de préciser plutôt que ces querelles qui n’ont aucun mais vraiment aucun intérêt. Je tiens à ajouter que des Etres tels que Lounès sont rares et nous, nous les Kabyles, avons de la chance de l’avoir eu au moins pour le temps qu’il a vécu. Le reste n’est que fadaises, blabla et profondes déceptions. J’encourage toutes les bonnes actions, les bonnes idées qui émanent de personnes sensées. Quant à ceux et celles qui passent leur temps à dénigrer ceux et celles qui tentent de faire avancer positivement la lutte pour une terre Kabyle, qu’ils restent ce qu’ils sont, c’est à dire RIEN.
    Tamccict.

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