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La Libye et le Maroc reposent la question berbère

dimanche 20 novembre 2011, par Rezki Mammar

Les bouleversements en cours en Afrique du Nord reposent la question berbère. Dans le premier pays les Amazighs ont pris les armes et affirment une identité qu’on leur a longtemps demandé de cacher. Au Maroc, l’officialisation figure au programme de la nouvelle Constitution. Rien n’est joué, mais les lignes bougent.

L’association Tamaynut France a organisé le 19 novembre dernier une conférence sur les événements en cours en Libye, en Algérie et au Maroc et leurs liens avec l’amazighité, c’est à dire la berbérité.

Masin Ferkal est président de l’association Tamazgha, cette année il a effectué deux voyages en Libye à la rencontre des Berbères. Selon ce militant, les observateurs sous estiment le nombre d’Amazighs dans ce pays.

« Lorsqu’on sait par exemple que le 27 septembre, sur la place des Martyrs à Tripoli, selon les informations d’Al Jazeera il y avait 320 000 personnes, qu’on ne vienne pas dire que ce sont des gens de Benghazi qui sont venus manifester. (…) S’ils ont pu rassembler 320 000 personnes pour une activité pareille on ne va pas dire quand même qu’il y a 500 000 personnes en Libye. »

Suite à un projet de constitution qui ne reconnaît que la langue arabe, les régions de l’Ouest menacent de boycotter le Conseil national libyens soutenus par de nouveaux alliés, les Touaregs et les rebelles de Misrata. En marge de sa conférence, Masin Ferkal rappelle deux phénomènes qui illustrent le malaise ambiant. D’une part, les combattants, notamment les Berbères du Nefousa refusent de rendre leurs armes, d’autre part, le CNT n’a toujours pas quitté Benghazi pour s’installer à Tripoli, certainement parce qu’il ne se sent pas à l’aise dans cette ville située précisément à l’Ouest.

Hacène Hirèche, professeur de berbère à Paris VIII devait évoquer la situation en Algérie, mais après un aperçu très général il a lui aussi parlé de la problématique libyenne. Le conférencier a abordé le thème de l’économie, il rappelle que ce pays est le plus riche d’Afrique et que pour relancer son économie il aura besoin d’ici peu d’au moins quatre millions d’immigrés. Va-t-on faire revenir les travailleurs du Sahel, d’Asie et les trois millions d’Egyptiens ?

« Ou bien il y a un retour de cette main d’œuvre là et la Libye va continuer à aller dans le sens du proche et du Moyen Orient, que ce soit du point de vue stratégique, géostratégique, géoculturel, géolinguistique, etc, ou bien on se dit aujourd’hui que nous devons prendre conscience nous Kabyles, nous Chleuhs, nous Rifains, nous Mozabites, nous Touaregs nous devons prendre conscience que la Libye est notre pays, c’est une région de notre pays et il nous appartient de l’investir humainement, matériellement, universitairement, culturellement etc et d’envoyer nos jeunes travailler là bas. Imaginez un instant, et c’est tout à fait possible, tout à fait à notre portée. »

Pour l’universitaire, une implication des Amazighs marocains et algériens permettrait de renforcer la berbérité en Libye et d’apporter un flux de devises capables de créer une dynamique régionale à l’échelle de l’Afrique du Nord.

Le troisième intervenant est El Mehdi Iazzi, chercheur en linguistique à Rabat, il évoque la situation au Maroc. Depuis le 20 février un mouvement porte des revendications démocratiques, parmi elles figure l’officialisation du berbère (que l’on appelle également l’amazighe dans ce pays). Fait nouveau, ce point précis semble faire consensus, même les islamistes ne s’y opposent pas ouvertement.

Le conférencier s’est livré à une analyse minutieuse de la nouvelle Constitution adoptée cette année (voir version PDF), notamment l’article 5 qui concerne les langues. En vertu de la Constitution l’arabe demeure « la langue officielle de l’Etat », il bénéficie de la protection et de la promotion. Le berbère est seulement « une langue officielle de l’Etat » en tant que « patrimoine commun ».

Cette notion de « patrimoine commun à tous les Marocains » pose elle-même un problème. Pour El-Mehdi Iazzi, il s’agit de tuer la notion de communauté amazighe.

« Le patrimoine commun c’est très simple. C’est une expression reprise de la loi Deixonne depuis longtemps en France. Le breton est un patrimoine commun, pourquoi ? Pour tuer la communauté. C’est à dire qu’il n’y a pas de communauté bretonne. Il y a un citoyen français d’origine bretonne et il a le droit en tant que patrimoine à cette langue, mais en tant que communauté non. »

L’article 5 stipule qu’une loi organique va préciser les modalités de l’officialisation de l’amazighe. Et comme les législateurs ont dix-neufs lois de ce type à préparer, le conférencier estime que le berbère risque d’attendre encore cinq ans.

El-Mehdi Iazzi termine en expliquant que le défi à venir ne se trouve pas en Afrique du Nord, mais du côté des élites occidentales. L’universitaire raconte qu’il a rencontré un académicien français convaincu que le Maroc n’a d’avenir qu’à travers la religion et la langue arabe.

Messages

  • La renaissance berbère au Maroc ...texte publié dans "La Croix" du 22/11/2011.

    Avec la toute nouvelle Constitution, le tamazight est devenu langue officielle.
    L’enseignement du berbère en primaire est devenu obligatoire, avec pour objec...

    (ABDELHAK SENNA / AFP)
    L’enseignement du berbère en primaire est devenu obligatoire, avec pour objectif sa généralisation en 2012. Mais aujourd’hui, seuls 15 % des écoliers sont concernés.

    Une victoire pour une communauté longtemps dénigrée.

    « Quand on a su que le tamazight était désormais langue officielle au Maroc, ce fut une grande joie à la maison », raconte Samira Aït Said, dans un large sourire. Elle enseigne la langue berbère dans une école primaire à une dizaine de kilomètres de Casablanca. « Mes parents sont analphabètes. Quand ils sont arrivés il y a trente ans, parler leur langue dans la rue, au souk ou au hammam était très mal vu. Aujourd’hui, ils ont l’impression d’être enfin reconnus, qu’on défend leur histoire et leurs racines », explique la jeune femme.revendiqué depuis longtemps par les militants de la cause berbère. Ecrasés sous le Protectorat français, complexés et discriminés par l’État marocain pendant de longues années, les Imazighen, « les hommes libres », premiers habitants du Maroc, retrouvent leur fierté. Même si le changement a débuté il y a dix ans avec l’avènement du roi Mohammed VI...

    • AZUL A Rezki, le professionnalisme a été jusqu’à photographier un intervenant avec le nom de l’autre, puis l’autre sans nom... Il y avait pourtant le temps et l’espace pour faire des photos correctes... et claires pour ce qui est du Maître IAZZI !

    • Le photographe n’est pas responsable si les pancartes ont été inversées. Les intervenants apparaissent dans l’ordre où ils sont évoqués dans l’article.

  • Matoub Lounes tué à bout portant à l’extérieur de sa voiture, selon des experts français

    Par Le Matin DZ, 27 novembre 2011

    Le quotidien "Algérie News" citant une étude balistique faite par une équipe française à Thala Bounane qui à séjourné à Ath Douala il y a de cela dix jours, rapporte aujourd’hui que Matoub Lounes a été tué à bout pourtant à l’extérieur de sa voiture.

    Selon l’étude balistique effectuée par cette équipe d’experts français, rentrés au pays avec des visas touristiques, à la demande de la famille Matoub, "Lounes a été assassiné à l’extérieur de la voiture et non à l’intérieur". L’assassin aurait tiré à bout pourtant avant de déplacer le corps dans le véhicule. Une thèse qui contredit toutes les versions rapportées jusque-là par les nombreux procès liés à cette affaire, basées sur le fait qu’aucune personne ou être vivant se trouvant à l’intérieur de la voiture n’aurait survécu aux rafales de kalachnikovs au moment de l’arrosage.

    Les 78 impactes de balles relevés sur la toile ont formé ce que les experts qualifient de "toile d’araignée". Le scénario avancé par l’équipe balistique suggère que Lounes Matoub, son épouse Nadia ainsi que ces deux belles sœurs Ouardia et Farida ont été sommés de sortir du véhicule. D’après l’étude de ces experts français, Lounes a reçu une balle tiré à bout pourtant...

    • Solidarité amazighe.. merci de soutenir

      MONTRÉAL (SIWEL) — Le Gouvernement provisoire kabyle (GPK) a salué lundi la détermination des Amazigh libyens à ne rien céder sur le principe de leur reconnaissance et leur place officielle dans le gouvernement et les encourage à mettre sur pied leur propre gouvernement provisoire.

      Combattant amazigh du Nefoussa (DR)
      Dans une communication de Lhacène Ziani, ministre de la langue kabyle, de l’éducation et de la culture, au sein du GPK, à l’occasion des rassemblements qui auront lieu aux États-Unis et au Canada pour soutenir les Amazighs libyens, M. Ziani a affirmé que « le GPK ne lésinera sur aucun moyen et ne ménagera aucun effort pour soutenir le combat de nos sœurs et frères amazighs libyens ».

      « Les Amazighs du monde entier sont aujourd’hui interpelés pour exiger de la communauté internationale de prendre ses responsabilités face à cette ignominie commise par le CNT qui a été mis en place par cette alliance des grandes puissances. » a-t-il ajouté.

      http://www.siwel.info/Le-GPK-salue-la-determination-des-Amazigh-libyens_a2
      Solidarité amazighe
      Ensemble pour porter la voix des Imazighen de Libye
      http://www.tamazgha.fr/
      Le direct
      Rassemblement à Ottawa et à Montréal - Soutien au Peuple amazigh de Libye

      http://www.kabyle.com/

  • Nouvelle bavure militaire en Kabylie : un jeune chasseur tué et un autre grièvement blessé

    Notre correspondant à Tizi-Ouzou nous apprend qu’un jeune chasseur aurait été tué et un autre grièvement blessé en début d’après-midi par une patrouille militaire dans la forêt de Yakourène, plus précisement dans la commune d’Akerrou. Ces deux malheureuses victimes auraient été prises par erreur pour des membres des groupes armés, par les militaires en embuscade.

    Cette énième bavure survient après celles en juin 2011 d’un citoyen d’Azazga (Dial Mustapha) et de d’une dame (Kaci Zahia) en septembre dernier près de la caserne de Freha.

    Nous sommes en droit de nous interroger sur la répétition de ces bavures dans cette région. Ne risquent-elles pas d’embraser cette région comme cela s’est produit en 2001 avec l’odieux assassinat de Massinissa Guermah ? Des aventuriers politiques embusqués ne vont-ils pas exploiter la juste colère de la population pour allumer les feux de la fitna dans une région qui a déjà chérement payé le prix des intrigues politiciennes des divers gangs du système ?

    Autant de questions lancinantes qui restent posées.

  • @Salem vous posté un commentaire qui est un copié collé d’un article issu d’un journal algérien et vous n’indiquez même pas le nom du journal ou un lien vers la page d’origine. C’est contraire aux principes de notre site.

  • Algérie : les chrétiens craignent l’intolérance
    Arezki Aït-Larbi, Le Figaro, le 22/11/2011.
    http://www.lefigaro.fr/international/2011/11/22/01003-20111122ARTFIG00766-algerie-les-chretiens-craignent-l-intolerance.php
    Le récent procès d’un converti accusé d’« injures envers le Prophète » illustre le retour en force des islamistes.

    La cour d’appel d’Oran a abrité, jeudi dernier, un nouveau procès pour délit religieux. Siaghi Krimo, un maçon de 29 ans converti au christianisme en 2007, est cité à comparaître pour « injures envers le Prophète ». En mai dernier, il a été condamné, en première instance, à cinq années de prison ferme. Dénoncé par un voisin à qui il avait remis un DVD sur la vie du Christ, il a été brutalement arrêté par une escouade de policiers comme un dangereux criminel.

    Au commissariat, plusieurs officiers se sont relayés pour interroger le « renégat ». « Tu es habité par le démon », hurle l’un d’eux. « Si tu étais mon frère, je te tuerais », menace un autre. Pour le juge du tribunal correctionnel qui a prononcé la sentence, la cause est entendue avant tout débat : quitter l’islam pour une autre religion est un crime. « Tu le regretteras ! », dit-il à l’inculpé, qui a revendiqué sa foi chrétienne mais nié toute atteinte à l’islam. En l’absence du témoin délateur et malgré un dossier vide, le tribunal écrit dans son jugement : « Il a nié les faits, mais son apostasie est une présomption de culpabilité. » .....

  • La Kabylie n’est plus au centre de l’affirmation berbère. J’ai l’impression que le mouvement a sauté une génération. C’est le cas surtout après l’assassinat de Matoub et le Printemps noir.

    • Et l’apparition de Mohammed Allaoua, le commerce Ait Menguellet, Idir et Takfarinas...

      Oulahlou et sa génération maintiennent le Cap malgré toutes les trahisons et tous les reniements !

      La Kabylie est et demeure le fer de lance de la revendication, des turbulences peuvent apparaitre au bout de 30 ans de combats et de pertes humaines... la Kabylie sera au rendez-vous contrairement à ce que d’aucuns pensent !

      Tous les petro-dollars algeriens peuvent être investis pour la destruction de notre région-pays, tous ceux qui ont choisi le clan de l’occupant d’aujourd’hui s’en morderont les doigts demain... Pouvez-vous me dire si les soldats français sont encore en Kabylie ? Ca nous a couté, ca nous coutera certaienement, mais la liberté est au bout ! Ceci tant que des Hommes et des Femmes dignes continueront à porter la KABYLIE DANS LE COEUR

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