Le programme de Yennayer pour 2012 Yennayer 2012 à Lille, Ivry et Cergy et Yennayer 2012 à Toulouse, Pierrefitte et Aulnay.
On est bien en peine lorsqu’il s’agit de parler de Yennayer. " On ne sait ni les origines de cette fête, ni la façon dont elle a été intégrée en Afrique du Nord ", précise Nedjima Plantade, lors d’une table ronde organisée le 14 janvier par Tamazgha. Le nouvel an berbère, actuellement célébré le 12 janvier correspond au calendrier Julien.
Rendre à César...
Yennayar vient de Janiarius, qui a donné son nom au mois de janvier. Jusqu’au Ier siècle avant Jésus-Christ, les Romains faisaient commencer l’année en mars. Jules César a ensuite procédé à une réforme à l’origine de notre calendrier julien. César appartenait à une famille réputée, la gens Julia, d’où le nom. Problème, le nouveau découpage donne une année de 11 mois auxquels on ajoute 28 jours. En fait, ce système ne coincide pas avec le rythme solaire. Cela n’était pas du tout pratique pour les agriculteurs.
Ci-dessus, Malha Belbrahim et Nedjima Plantade
Pour trouve une solution au décalage entre l’année sur le papier et l’année réelle, il faut attendre 1582. Le pape Grégoire XIII élabore alors un calendrier qui porte son nom, celui que nous utilisons. Bien sûr, tout le monde ne suit pas les conseils du souverain pontife : c’est le cas des orthodoxes qui décident de garder le calendrier julien.
Et les Berbères dans tous ça ? En fait, en Afrique du Nord on ignore totalement la réforme grégorienne, du moins jusqu’au XIXème siècle. Les musulmans ont bien apporté un calendrier lunaire, mais les populations restent relativement insensibles à ce mode de calcul lunaire.
L’hypothèse andalouse
Maintenant que nous avons identifié l’origine du calendrier berbère, il faut essayer de comprendre comment le calendrier julien de César s’est retrouvé en Afrique du Nord. Et là, les choses sont compliquées. Il existe deux hypothèses, plus celle de Nedjima Plantade.
Ci—dessus, Afulay nous décrit Yennayer dans son pays, la Libye.
La première théorie consiste à dire que la conquête romaine de l’Afrique du Norda entraîné une latinisation du nom des mois. Mais cette explication est simpliste et ne tient pas debout. " En Afrique du Nord on n’a absolument pas de traces de cette transmission ", explique Plantade. Autrement dit, aucun document ne vient confirmer cela.
Une autre explication a été avancée dans les années 50 par l’ethnologue Jean Servier. Puisque le calendrier julien est là et qu’il n’est pas arrivé par le biais de la latinisation, il aurait pu être transmis par un autre biais, d’autant que les noms latins étaient connus partout. Cette hypothèse dîte " copte ", penche vers une origine égyptienne des mois. Il existait d’ailleurs une continuité entre Berbères et Égyptiens. Ces derniers divisaient l’année en 12 périodes de 30 jours et y ajoutaient 5 jours supplémentaire. L’année commence avec août-septembre avec les crues du Nil. Chaque mois porte un nom de divinité égyptienne. L’ennui avec cette hypothèse, c’est qu’on n’a pas de traces de ces noms chez les Berbères.
Nedjima Plantade propose une hypothèse différente, dîte " andalouse ". Le calendrier julien serait arrivé en Afrique du Nord au cours du Moyen Âge : à cette époque, les Berbères sont en contact avec des textes d’agronomes espagnols, principalement andalous.
Le point de départ
Pour finir, pourquoi est-on en 2956 ? Il s’agit en fait d’un repère fixé de manière rétroactive par l’Académie berbère dans les années 70. A l"époque, le but était d’établir un lien avec l’Égypte antique. Il y a 2656 ans, donc en 950 avant Jésus Christ, un Berbère est montée sur le trône égyptien. Shéshonq Ier (Cecnaq en berbère) inaugure la XXIIème dynastie, issue d’une famille venue de Bubastis. Il s’agit donc d’un choix récent, symbolique.
Lire également Le calendrier agraire berbère
Cette semaine, Yennayer donne lieu à de nouvelles rencontres :
Une conférence intitulée Nouvel an berbère et pénétration libyenne en Égypte, par Mohand Harouz, samedi 21 janvier à 16h00, Maisons des associations, 93 La Cannebière à Marseille. Cette rencontre est organisée par l’Association culturelle amazighe de Marseille.
Une conférence intitulée Yennayer, signification et rites, par Madjid Boumekla, dimanche 22 janvier à 15h00 Maison des association de Paris 12ème, 181 avenue Daumesnil, métro Daumesnil. Cette rencontre est organisée par le Cerak.

Recommander cet article sur les réseaux sociaux