Vers quatorze heures ce 18 avril la place de la République commence à se remplir et le brouhaha est dominé par l’accent kabyle. A la tribune, les organisateurs s’apprêtent à prendre le micro. Ce rassemblement a été lancé par le collectif Tafsut 2010, composé de 35 associations berbères de toute la France. A la même heure, un autre regroupement s’est tenu à Marseille.

Le Printemps berbère est un mouvement qui a touché la Kabylie à partir de mars 1980. L’interdiction d’une conférence de l’écrivain Mouloud Mammeri avait alors provoqué les premières manifestations spontanées depuis l’indépendance de l’Algérie. Pendant des mois, les Kabyles ont marché, se sont réunis et fait grève pour exiger que leur langue, le berbère, devienne une langue enseignée tout comme l’arabe. A l’époque, le gouvernement répond par la répression et par les arrestations massives. Le 20 avril, les forces de l’ordre ont pris d’assaut l’université de Tizi Ouzou, fer de lance de la contestation. La population s’est alors mobilisée pour obtenir la libération de 24 prisonniers politiques. Parmi eux, Aziz Tari et Gérard Lamari, qui sont justement présents au rassemblement pour dire leur inquiétude face à la politique algérienne en Kabylie. Dans cette région montagneuse dont on parle rarement dans les médias étrangers, la répression a frappé à nouveau en 1998, puis lors des émeutes de 2001. Actuellement, l’armée est massivement déploiyée, alors même que le terrorisme et les enlèvements font souvent la une de la presse locale.
La visibilité du MAK
Dans ce rassemblement, le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK) a su se ménager une visibilité. Dans la foule, des militants autonomistes brandissent des portraits de leur leader, Ferhat Mehenni et scandent « Kabylie autonome ». Membre, du collectif Tafsut 2010, le MAK organise des marches en Kabylie le 20 avril.

Vers le milieu de l’après midi, Ferhat Mehenni a fait une entrée théâtrale, suivi d’un chorale dans laquelle figure la chanteuse Djura, pour chanter le tout nouvel hymne kabyle lancé par les autonomistes. Le président du MAK a tenu un discours très remonté contre le régime algérien et précisé qu’il mettra en place prochainement un gouvernement provisoire pour la Kabylie.
Pas de manifestation
Le rassemblement a-t-il été un succès ? Les organisateurs parlent de 2 000 à 5 000 personnes présentes à Paris et des milliers à Marseille. En cas de mobilisation exceptionnelle, le collectif avait prévu de transformer la rencontre en manifestation, ce scénario n’a pas eu lieu, malgré les efforts d’affichage et de distribution de tracts. Les derniers orateurs ont remercié le public et la foule s’est dispersée dans une ambiance bon enfant. Beaucoup sont allés terminer leur après midi dans les cafés voisins, d’autres sont restés pour bavarder sur la place.
Lire également Tafsut 2010 : un communiqué accuse le MAK de « récupérer » le rassemblement

Recommander cet article sur les réseaux sociaux