Le Mak précise son projet de souveraineté
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Le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie dévoile depuis quelques semaines les contours d’une stratégie de construction nationale. Après avoir lancé un projet de carte d’identité, les autonomistes sont sortis dans la rue pour appeler à la généralisation du kabyle. Deux conférences du président du Mak donnent une orientation plus précise à l’autonomie.
En juin 2008, le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie a lancé une candidature pour un nom de domaine .kab puis a annoncé vouloir créer une carte d’identité kabyle. A l’occasion du Nouvel an berbère, les militants du Mak ont défilé à Bgayet et Tizi Ouzou. A l’issue de ces marches [1], un Appel au peuple kabyle pour la généralisation de l’utilisation de la langue kabyle a été rendu public. Dans ce texte, le Mak définit la langue maternelle comme l’un des « droits » du « peuple kabyle » et encourage la population à en faire usage, y compris dans les institutions de l’Etat algérien.
Au cours d’un voyage au Québec, le président du Mak, Ferhat Mehenni, a donné deux conférences dont le contenu, disponible sur le site du mouvment, s’apparente à un programme d’action.
Du panberbère à la langue kabyle
La première intervention, qui a eu lieu le 14 janvier concerne la spécificité de la langue kabyle, il confirme la rupture avec le panberbérisme lequel a prévalu depuis les années 40. En gros, jusqu’à à une époque récente, la revendication formulée par les berbérophones tourne autour l’officialisation d’une langue berbère commune. Le conférencier explique que « la langue amazighe n’existe pas, il existe une famille de langues amazighes ».
Dans une logique nationale kabyle, le conférencier précise ses idées « Sans vouloir faire violence à la linguistique que certes je ne maîtrise pas autant qu’un linguiste, ma fréquentation du monde amazigh m’a montré que le kabyle ne se confond avec aucune autre langue amazighe. En dehors de quelques mots qui sont communs dans toute famille de langues, la langue kabyle a une morphologie, une grammaire et une lexicologie distinctes de ses sœurs. La Kabylie lui a donné son cachet et le peuple kabyle son âme, à nulle autre pareille. »
Un projet de souveraineté
Ferhat Mehenni s’est exprimé deux jours plus tard, le 16 janvier, à l’université de Montréal. Cette fois-ci, il est question de la construction d’un Etat kabyle. Le conférencier cite les quatre étapes qui selon lui conduisent de la colonisation à la souveraineté en passant par la prise de conscience et l’internationalisation de la question kabyle. Le raisonnement suit les grandes lignes du livre [2] publié par Ferhat en 2004 et aucun calendrier n’est précisé. En revanche, le projet de carte d’identité est explicitement inscrit au programme, ainsi que la création d’un passeport par la suite. L’orateur a aussi choisi les formules solennelles comme « (…) en ce 16 janvier 2010, à partir de Montréal, devant les hommes et devant l’Histoire, je déclare ouverte la construction officielle de l’État kabyle (...) ».