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Le Canada en panne de bilinguisme

mardi 21 février 2006, par Rezki Mammar

L’armée canadienne ne respecterait pas le principe du bilinguisme tel qu’il est énoncé dans le droit fédéral. Las forces armées ne sont pas la première institution épinglée par la Comission aux langues officielles. Pour les défenseurs du français et les souverainistes québécois, le modèle fédéral serait en cause.

Dynane Adam est très connue au Canada. Première femme à accéder au poste de haut commissaire aux langues officielles, cette psychiatre a la lourde tâche de contrôler la pratique de l’État fédéral dans le respect du bilinguisme. Cela veut dire qu’il faut régulièrement rappeler à l’ordre les responsables de la santé, de l’éducation, des administrations, de la culture du pays.

L’éparpillement des francophones

En 2001, la situation linguistique du Canada était la suivante :
- La Fédération canadienne compte 29,6 millions d’habitants, elle a deux langues officielles, l’anglais et le français.
- 17,5 millions ont pour langue maternelle l’anglais (59,3%) contre 6 ;7 millions (22,7%) le français. Les autres habitants (5,2 millions de personnes) parlent soit une langue amérindienne, soit le chinois, l’italien, l’allemand ou une langue plus rare.
- Les francophones ne sont majoritaires qu’au Québec. En Ontario et au Nouveau Brunswick, ils forment une forte minorité. En fait, 96,7% des francophones vivent dans ces trois provinces. Les autres (3,4%) sont dispersés dans le reste de ce pays immense. Au cours des prochaines décennies, les francophones courent le risque d’être assimilés là où ils sont les moins nombreux. (Ces chiffres sont tirés de L’Aménagement linguistique dans le monde sur le site de l’Université de Laval au Québec).

Certains bilingues, d’autres pas

Si le bilinguisme progresse partout, il est beaucoup plus courant chez les francophones (43,4% en 2001). Seuls 9% des anglophones pratiquent l’autre langue officielle. Et encore, ce chiffre serait beaucoup plus faible si on exclue le Québec où 66,1% des anglophones parlent les deux langues. Pour éviter toute forme de discrimination linguistique (mais aussi pour sauver le système), l’État fédéral a accepté le régime du bilinguisme sur tout le territoire.
A chaque publication des travaux de la Commission aux langues officielles, les francophones ont l’impression de revivre le même scénario, celui d’une institutionalisation du constat d’échec. Dans l’armée par exemple, de nombreux francophones doivent se contenter d’une documentation, de logiciels et de claviers en anglais. Les raisons invoquées par les autotités sont souvent financières. Voici ce que dit par exemple Robert Laplante dans la publication souverainiste l’Action nationale le 20 février.

" Le Canada est un pays anglais qui dépense des sommes importantes pour faire semblant qu’il ne l’est pas. Et depuis Trudeau, au moins, en dépit de la persistance dans la population d’une grogne certaine fondée tout aussi bien sur le racisme larvé que sur l’incompréhension indifférente ou ignorante, les gouvernements successifs ont continué de jeter de l’argent dans la mascarade. Par-delà les discours ronflants, ils l’ont fait en pensant que cela leur permettait de calmer le Québec, de tenter de contrer le mouvement souverainiste en continuant de nier la réalité nationale québécoise et en se donnant, en prime, une coquetterie identitaire pour essayer de se démarquer des Etats-Unis. Cet argent n’a jamais été investi pour promouvoir le français mais bien pour assurer « l’unité nationale » et c’est pourquoi, jamais, on n’a été soucieux à Ottawa de l’efficacité de cette politique eu égard à la situation réelle de la langue française. ".

Pour les souverainistes, la politique linguistique serait la face visible d’un centralisme qui ne dit pas son nom.
D’autres personnalités de la Belle Province mettent en cause le modèle politique canadien, comme la députée Vivian Barbot qui déclare au quotidien La Presse que l’insuffisance de bilinguisme dans l’armée aménerait des Québécois à remettre en cause leur adhésion au fédéralisme.
Reste à savoir si ce constat constitue un tournant politique ou une réaction sans lendemain après la publication de l’étude sur le bilinguisme dans l’armée.

Lire le fameux rapport de la Commission aux langues officielles (PDF)

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