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La toponymie, un instrument politique

dimanche 4 octobre 2009, par Rezki Mammar

Les noms de lieux sont un enjeu important, ils traduisent l’attachement d’une population à l’espace qui les entoure. En Kabylie, comme dans toute l’Afrique du Nord, les différents envahisseurs ont tenté de marquer de leur empreinte la toponymie. Aujourd’hui encore, le nom des villes, des villages et des collectivités kabyles sont tributaires d’une francisation et d’une arabisation voulues par les Etats successifs et qui se poursuit de nos jours. En voici quelques exemples.

L’ironie de l’histoire, c’est que la colonisation française a provoqué une fixation de l’arabisation des noms de lieux. La plupart du temps, l’administration a déformé le nom d’origine. Ce procédé est l’un des plus courants.

- Iwadiyen sont devenus les Ouadhias
- Iaâzougen est devenu Azazga
- Ibarbachen sont devenus Barbacha

Dans ces trois cas, on a affaire à des tribus. La terminaison en « en » marque un pluriel d’appartenance.

- Tubiret est devenu Bouira
- Bgayet est devenu Béjaïa
- Amechras est devenu Mechtras
Dans ces trois derniers cas, nous avons affaire à une ville au nom berbère, arabisée par la suite.
Un autre procédé consiste à laisser le nom intact en changeant une particule. Chez les Kabyles, le Aït indique l’appartenance à une tribu. Pour arabiser un groupe, on a remplacé Aït par Beni.

- Aït Zmenzer est ainsi devenu Beni Zmenzer
- Aït Mansour est devenu Beni Mansour
- Aït Wartlan est devenu Beni Wartilane
- Aït Wizgan est devenu Bouzguène
- Aït Yanni est devenu Beni Yanni.

Au passage, on note l’utilisation d’une orthographe inspirée de la langue française pour écrire les noms.

L’apparition de l’affichage trilingue dans les années 90 a permis de réhabiliter la toponymie d’origine, celle qui a une signification en kabyle. Le problème, c’est que cet affichage n’est pas généralisé, il ne concerne qu’une minorité de lieux.

Messages

  • Bien vu, le pire de tous les exemples à mon avis est celui de ma région "Imceddalen" arabo-islamisée en M’CHEDALLAH, autrement dit tuṭṭfa di rebbi n waεraben a Leqvayel !" faut bien s’accrocher à Allah ("ched" en arabe signifie "tenir").

    L’arabisation des toponymes autochtones qui prennent la marque du pluriel "EN" a souvent suivi une certaine tendance qui veut que le "EN" devient un "A" et le pluriel devient ainsi singulier : Iflisen = Flissa, Iwaḍiyen = Ouadiya, Iderginen = Derguina...c’est ainsi que Imceddalen était dans un premier temps Mchedalla mais à partir des années 80 on l’a vu progressivement prendre un bizarre H à la fin dans les plaques de signalisation et la paperasse officielle comme pour nous dire "la grâce divine s’est invitée d’elle même et allah nous fait signe de coller son nom au notre..."

    http://fr.wikipedia.org/wiki/M%27chedallah

    • Merci à vous et aux internautes qui réagissent, d’autres nous ont apporté des témoignages par oral. Avec les exemples que vous donnez, vous portez à notre connaissance de nouveaux cas. Il est possible que cet article ait une suite. Il faut notamment que les Kabyles sachent que le problème des noms de lieux coûte cher à la collectivité et qu’il apporte des confusions. Cette question relève des orientations de l’Etat en coopération avec l’organisme international d’uniformisation de la toponymie. Merci encore.

    • Je cite aussi le cas de Tikjda qui a mon avis ne veux rien dire en kabyle.Le terme exact serait plutot:TIGEJDA,pluriel de tajgut/ajgu (pilier ou poutre).Les élus locaux de Kabylie (FFS et RCD) ne font malheureusement rien pour sauvegarder notre culture et kabyliser notre environnement.

  • Azul a tagmatt.
    Nous rappelons à nos compatriotes amazigh pour qu’ils n’utilisent plus ces falsification toponymique de nos localités,tout au moins dans les régions amazighophones. Souvent, nous sommes un peu complices, car nous versons dans le sens de ce que veut l’occupant étranger. Des Amazighophones kabyles par exemple continuent d’appeler Naciria au lieu de : Laazib n Zaamum ; Michelet au lieu de : Tala n Wudi ; Beni Yanni au lieu de At Yanni ; Beni Ksila au lieu de At Ksila. Il m’est souvent venu de reprocher ces errements de langage à mes interlocuteurs du momen : ces appellations étrangères. Merci de le rappeler à nos compatriotes.
    Sghur : Hand si Lpari

    • Nous sommes plutôt trés complices ! Combien parmi le peuple savent qu’il y’a une loi depuis 1989 qui nous permet de changer le "Toponyme" de n’importe quel lieu ? Quand nous avons entamé le processus pour changer le nom absurde de notre commune "Djebel Aissa Mimoun" celà nous paraissait déplacer une montagne, connaissant les mentalités et les arrières pensées ! Aujourd’hui la commune a repris son nom "Ait Aissa Mimoun", comme la montagne qui la porte "Adrar n At Aissa Mimmun", pour le grand plaisir des At Wagnun. Seul Ait Yahya Musa (Ex. Oued Ksari) ont pu aller dans ce sens jusqu’à aujourd’hui. Alors les choses ne se font pas d’elles-mêmes sinon attendre encore l’éternité ! Il faut agir dés maintenant en appelant soi-même les choses (Patronymes, toponymes...) par leurs noms : Dites Tala n Wudi (AEH), Amsaga (Oued lekbir), Tassirt (Qsentina), Asayda (Saida), Mugadir (Essaouira), Agdal (Rbat), At Wellul (Zuwwara), Imucagh (Touareg) ...Imazighen (Bérbères). Tanmirt.

  • il est important à mon sens de se réaproprier ces noms et beaucoup d autres aussi ! il faut surtout que les mairies jouent le jeu , car en plus il faut les écrire en Kabyle. Merci pour l article Rezki

  • la dénomination actuelle des villes n’est pas l’oeuvre de l’Etat algérien comme vous l’affirmez mais bien le travail de l’administration coloniale qui n’a fait que reproduire les appellations données par l’administration turque, laquelle fonctionnait en arabe bien entendu. C’est ainsi que Izzaouguène donne en arabe le pluriel d’Azzazga, Iamouchen = Amouchas, Ath-Mansour= Béni-Mançour, Imcdellan=M’cheddalah, Imatuqen=Maatkas, Izikiwen = Beni-Zikki...Mais n’omettons pas non plus de signaler que même les kabyles ont berbérisé quelques noms de villes et villages à l’exemple de Bouira qui est devenu Tubiretts, alors que le nom est proprement arabe qui existe dans presque toutes les wilaya d’algérie, c’est ainsi qu’on retrouve bouira al ahdab a djelfa, bouira as sahari a tissemsilt...bouira ( lire bouirah avec ta marbouta) signifie probablement : petit puits.

    • Mon cher ami,
      Je suis un peu offusqué par ton interprétation (au passage tu perpétue celle donnée par les off-i-ciels de notre chère patrie) en citant Bouira comme étant un petit puits alors qu’il suffit de marquer un temps d’arrêt et comprendre le sens exacte pour toutes appelations qui, parfois, nous semble déformée. Revenant au nom de Bouira. C’est simplement deux mots composés en un seul. Le premier Bu d’appartenance, le second ira, variante de ayrat, ayrad, ar, war... qui signifie lion. Alors l’ensemble veut dire ’Celui ou l’endroit aux lions’. Et je suis à peu-près sûr que les autochtones en cette terre bénie d’Algérie amazighe ne vont pas me contredire étant que cette localité était un lieu où le roi des animaux était en grand nombre.
      Azazga aussi. Bien que le nom générique chez les kabyles est généralisé en Iazugen, à mon sens, à l’origine de l’actuelle transcription en Azazga, il n’y a qu’une légère déformation : il viendrait de Azegza. Sur le lieu d’implantation de cette agglomération inondée par les eaux qui y stagnaient autrefois, cela formait des marais, marécages et étangs verdoyants. Comme aussi, tout autour, au voisinage, il y a la forêt Iakkuren qui arrive jusqu’aux limites du périmètre appelé Azazga, d’où le nom azegza. Rien qu’à voir ce qui s’appelle Djebel Buzegza (une forêt proche de Palestro [ encore un nom colonial qui remplace justement Buzegza], et d’autres azegza ou buzegza existant dans la vaste contrée amazighe.

  • Bonjour,
    Je travaille, sur Wikipédia, sur la toponymie des noms des villages d’Algérie et je suis bien sûr très intéressé par vos informations concernant l’arabisation des nom berbères, amazighes, kabyles (est-ce des synonymes ?) et le retour sur les toponymes d’origine sur la panneaux de signalisation. Auriez-vous de références de livres, d’articles de sites internet traitant de ce sujet afin que je puisse être le plus pertinent possible dans ma compréhension de ces toponymes. par exemple, pour les village des Hassi ameur (wilaya d’Oran) ou de Ameur El Ain (ouest d’Alger), "Ameur" est-il d’origine berbère comme j’ai cru le voir sur certaines sources et quelle en est la signification ? A-il un rapport avec le prénom Ahmar  ?
    Merci

    • C’est un plaisir de constater votre intérêt pour ces question, c’est un sujet peu documenté. Je ne connais pas de documentation sur le thème de la toponymie et je ne me prétends pas chercheur. Je peux juste essayer de me renseigner pour essayer de creuser la question. En ce qui concerne les mots : les Berbères sont l’ensemble des peuples d’Afrique du Nord qui eux-même s’appellent Amazighs (les Hommes libres). Le terme berbère a une connotation péjorative, car il a une étymologie proche de barbare (les Grec appelaient barbares les gens qui ne parlent pas leur langue). Quant aux Kabyles, c’est l’un de ces peuples, il y a également les Touaregs, les Rifains, les Chaouis et d’autres encore.

  • Salut,
    Le nom du village WIZGAN (Commune de Bouzeguène) est mal transcrit pat les citoyens de cette localité. En effet, WIZGAN est un nom d’une famille juive de Nazareth. Il est porté par plusieurs familles d’Israël. Je demmande aux habitants de cettre région de revoir et de corriger la transcription dudit nom.

    Vous parlez d’une arabisation des patronymiques. Ils sont tous arabisés, transformés ou adaptés. Ce sont les Marabouts qui, les premiers, ont commencé à effacer ce patrimoine, sous couvert que cette toponymie est étrangère ou contraire à la foi religieuse (Arabo-Islamique). Je vous signale aussi que la langue Berbère ou Kabyle est truffée d’Arabe à quarante pour cent (40%).

    Seuls quelques noms kabyles ou berbères subsistent encore.
    Voici les rares noms de souche, qui ont échappé à l’invasion :
    IDIR, AMOKRANE, AKLI, TAKLIT, TITEM, AMEZIANE...

    Même le nom de Mohand n’est pas Kabyle, il dérive de Mohamed ; ainsi sont la majorité des noms portés par les personnes ou les noms de lieux.

    Ecrire Ath Mançour au lieu de Béni Mançour ne change rien, c’est un nom d’origine arabe auquel on ajouté l’article "Ath" et ainsi de suite...

  • SUITE DU PREMIER COMMENTAIRE 2/2 :

    Dans certaines régions de la kabylie, on utilise le mot arabe KHOUYA ou KHOUYAS transformé pour désigner un frère alors que le mot berbère existe AGGMA ou THAGMATS... Nous avons détruit l’essence même de notre langue. Même la manière de transcription du Berbère que prônent cetains est faussée et compliquée ; trop de points, de tirets, de doublement de lettres. Cela ne ressemble pas à une écriture conventionnelle ; c’est plutôt un puzzle.
    La recherche dans ce domaine est vraiment mesquine et hasardeuse. Un travail de titans reste à faire au lieu d’user son énergie dans les clivages de la politique.

    Le berbère n’est pas près d’évoluer ou de reprendre son authenticité.

    Parfois, l’on se dit qu’il est préférable d’user de l’arabe ou du français à cent pour cent que de cette langue mi-figue, mi-raisin ! qui n’aura jamais un cachet universel.

    • Tamezwarut, awal « Berberes » kkes-it deq wallegh-ik ma d Amazigh i tellid ! Syen send ad tinid tira n "Inalco" ur twulem ara, ilaq tefkid-d tira taghdimt keççini, ma d awal kan, tif-it tsusmi.
      Ma kerfen-ak ifassen, llan wid ixemmlen i yighalen-nsen, ulmen ijifar-nsen gher leqdic akken tutlayt-nnegh Tamazight ad tifrir gar tutlayin nniden, ad tawed igenwan. Tutlayet agi mmuten fell-as yergazen, wurbent tlawin, gujlen warrac, nsan i laz d usemmid, hfan idarren-nsen di tikli, neslen ifassen-nsen di tyita n yizra, sefden tidi d idammen, imetti d ifeddixen, fghen seg ixxamen-nsen, nfan am uccanen, fkan tazmert d wayla-nsen, fkan iman-nsen d iseflan i tudert n Tmazight.
      Ihi tamazight tif akk tutlayin n umadal, ghef aya kukran-tt icenga ! Zran mer tugh Tmazight amdiq-is Tafrensist negh Taârabt ad sleqfent ! maççi mi d tutlayt-nnegh, d tidett, nekni nezra ayen yellan deg-s, Tamazight d yemma-s n tutlayin.

  • La transcription actuelle du kabyle,version Inalco,est pour moi parfaitement correcte et adaptée,mème s’il reste certains points à régler ou à améliorer.Il n y a pas mieux que les travaux de Mammeri que l’INALCO a poursuivi et améliorés.Vous ne pouvez pas lire un texte en kabyle au premier coup d’oeil,il faut une période d’apprentissage comme pour toute langue écrite.C’est la paresse intellectuelle qui paralyse certains kabyles qui ne souhaitent mème pas,par complexe,apprendre à écrire leur langue maternelle.Le mal est,hélàs,aussi en nous.

  • Azul ay AZWAW,

    - Tigjdit (tigjda) = Tikjda (ce toponyme est certainement donné au lieu par rapport aux "troncs" de Cèdres centenaires (voir millénaires) qui arborent les montagnes.
    - Ajgu (ijga) = Asalas (isulas).

    La toponymie reflète bien la situation catastrophique de notre pays (crise identitaire, historique, culturelle et sociale), ainsi que toute l’hypocrisie des uns et des autres. A chaque époque, chacun a essayé de rajouter sa couche en effaçant celle des autres. Cela me rappelle les compagnes électorales du "bled", au lieu de coller les posters de leurs candidats à coté de ceux de leurs adversaires politiques, on les colle dessus ! Cette politique "effacer pou s’imposer" a été appliqué par les différents colonisateurs pour "exister" à notre place (malheureusement). Alors, quand "la mauvaise habitude" vient de nous, en reprenant les termes des "autres", d tawaghit. C’est ce que Dda Slimane Azem appelle "Yrrez wakkaz umeksa, uccen yeggan gar wulli". Tanemmirt.

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