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La langue berbère au Maghreb des livres

samedi 4 mars 2006, par Rezki Mammar

Il s’agit de la seule manifestation du Maghreb des livres consacrée à la problématique berbère : une rencontre autour de Saïd Doumane et de Ahmed Assid. Les deux universitaires, l’un algérien l’autre marocain ont fait un état des lieux de la langue amazighe.

Saïd Doumane est professeur de berbère à l’Inalco (Langues Ô, à Paris), quant à Ahmed Assid, il travaille à l’Ircam, l’Institut royal de la culture amazighe de Rabat (au Maroc). Les deux hommes ne se sont apparemment jamais rencontrés et ils avaient tout juste une heure pour exposer la situation de la langue berbère au Maroc et en Algérie. Un pari difficile, d’autant que la salle, aux trois quarts pleine avait beaucoup de questions.
La rencontre portait le nom de Génération amazigh (ne pas mettre de e à l’adjectif c’est ne pas l’accorder au mot génération). Bref, une curieuse faute d’orthographe.

Echec de l’Algérie algérienne

Saïd Doumane a fait le point sur l’Algérie. Dans ce pays, la question berbère se pose dès les années 30. A l’époque dans le mouvement nationaliste, face à l’idéologie arabo-islamique, un autre courant revendique une définition plus large de l’Algérie, en y intégrant la berbérité. En 1945, une partie du mouvement national essentiellemnt kabyle va reprendre cette vision de l’Algérie algérienne (arabe, mais aussi berbère). L’affrontement va conduire à l’exclusion de ce courant.
Pendant la guerre d’Algérie, la question passe au second plan et revient en force à l’indépendance. Saïd Doumane cite la phrase du premier président algérien Ahmed Ben Bella : ’ Il n’y a d’avenir pour ce pays que dans l’arabisation ". L’État choisit la négation, voire la répression de tout ce qui a trait à l’identité berbère de la société. Exclu du champs officiel, le mouvement berbère survit dans la clandestinité. En France toutefois des associations voient le joue et un groupe d’intellectuels met en place l’Académie berbère.

Une reconnaissance purement formelle

L’année 1980 marque un tournant, désormais la revendication linguistique est énoncée au grand jour. Mais l’affrontement entre la Kabylie et l’État continue avec la grève du cartable (boycott scolaire) pendant l’année 1994-1995. Plus récemment, la répression du Printemps noir de 2001 a amené une partie des militants à repenser la question berbère. Une nouvelle revendication a fait irruption, celle de l’autonomie de la Kabylie, pour que la question linguistique ne soit pas prisonnière de l’État.
Les concessions faîtes pas les autorités sont purement symboliques : " On peut dire qu’on est dans une phase de reconnaissance formelle ou juridique " conclue Saïd Doumane. L’avenir de cette question en Algérie est incertain, mais elle est devenue un enjeu incontournable.

Face aux importations idéologiques

La situation marocaine présente quelques similitudes dans le contexte. On a affaire à deux idéologies importées : d’une part le modèle jacobin français et d’autre part le nationalisme arabe. Ahmed Assid estime que les revendications berbères servent de révélateur pour comprendre les orientations du champs politique marocain.
Quelques dates jalonnent l’émergence de l’amazighité sur la scène politique, comme la Charte d’Agadir de 1991, qui précise les revendications linguistiques et politiques. La présentation de Ahmed Assid était en fait assez difficile à suivre dans la mesure où il lisait ses notes. Mais la salle lui a posé beaucoup de questions.

Des pressions sur l’Ircam

Le roi Mohammed VI a créé en 2001 un institut pour proouvoir la culture berbère (L’Ircam). Il a pour rôle de mettre en place l’enseignement de tamazight, de standardiser la langue et de recueillir le patrimoine oral. Pour répondre à une question sur le choix de l’alphabet tifinagh, Ahmed Assid a rappelé le contexte tendu de l’époque. L’Ircam a connu six mois de débat. À cette époque les islamistes avaient menacé de sortir dans la rue si l’institut choisissait la graphie latine au lieu des caractères arabes. Ce sont bien des pressions qui ont conduit les deux tiers des votants à choisir l’alphabet tifinagh en pensant trouver là un compromis.
Une personne a demandé à connaître le poids démographique des berbérophones. Au Maroc, l’État a donné le chiffre de 28% mais selon M. Assid, il ne prend pas en compte les locuteurs berbères monolingues. Le chercheur estime que les berbérophones représent entre 40 et 60% de la population. Saïd Doumane donne une fourchette allant de 30 à 40% pour l’Algérie.
Au Maroc, 2006 sera une année stratégique pour l’officialisation de la langue amazighe. Le royaume va procéder à une réforme constitutionnelle. Le contexte est d’ailleurs beaucoup plus favroable sur le plan international. " Le nouveau roi a besoin d’une nouvelle légimité " explique Ahmed Assid.

Messages

  • Le roi du Maroc a besoin des Berbères contre les islamistes pendant quelques années. Alors qu’en Algérie, l’Etat n’a plus besoin des Kabyles, ils ont carrément poussé les Kabyles de service vers la sortie. Alger a renoué avec les islamistes.

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