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La kabylité dans le roman francophone

vendredi 19 décembre 2008, par Rezki Mammar

Quel regard le roman francophone porte-il sur la kabylité ? L’ACBVO a tenté de répondre à cette question le 13 décembre dernier à l’occasion d’une conférence. De nombreux romanciers ont décrit dans leur oeuvre sur la condition kabyle dans toute sa complexité.

L’Association de culture berbère du Val d’Oise (ACBVO) vient de démarrer un cycle de conférences pour la saison en cours. La première rencontre a eu lieu le 13 décembre dernier sur le thème de « la kabylité à travers le roman kabyle de langue française ». Pour ce sujet très littéraire, l’ACBVO a fait appel aux auteurs Ahsène Belarbi, journaliste et romancier et à Moh Cherbi, également auteur, enseignant en français et animateur radio.

Ahcène Belarbi (à gauche) et Moh Cherbi

Définir la kabylité ?

Moh Cherbi définit la kabylité comme un ensemble de valeurs : une langue commune, un mode de vie, des pratiques sociales et culturelles, une spiritualité plurielle. L’intervenant constate d’ailleurs que le mot kabylité peut être traduit par taqbaylit, un terme qui désigne à la fois « la langue kabyle », « la femme kabyle » et « la kabylité ».
Ahcène Belarbi résume cette définition par « ce qui a trait à la société kabyle ». Le journaliste cite des pratiques sociales caractéristiques d’une société aux règles tacites et très codifiées. Le droit est coutumier, il n’est pas écrit, basé sur l’expérience. Autre particularité, la solidarité joue un rôle déterminant et porte deux noms : On appelle tiwizi l’aide apportée par le groupe à l’un des siens et tachemlit le volontariat qui consiste à réaliser un travail dans l’intérêt de tous.

Exportation de la kabylité

Au dix-neuvième siècle, l’immigration devient un phénomène massif chez les Kabyles et notamment vers la France. Jusque dans les années soixante-dix, le phénomène touche surtout les hommes en âge de travailler. Pendant cette période, on part avec l’intention de revenir. Une fois arrivés en Europe, les immigrés gardent des liens entre eux. Moh Cherbi explique que des liens de solidarité se tissent entre travailleurs immigrés d’un même village, d’une même famille. On héberge le nouveau venu, on fait jouer son réseau pour lui trouver un emploi. Plus important encore, on s’organise pour rapatrier les morts vers la Kabylie.

Pour Ahcène Belarbi, les années soixante-dix marquent un tournant. Le regroupement familial rend l’immigration définitive. D’autre part, les étrangers obtiennent le droit de se regrouper en associations. Désormais, on se préoccupe de transmettre des valeurs, un patrimoine culturel et de maintenir le berbère. Pour le journaliste, le lien a évolué : au début, les immigrés se sont soutenu matériellement, on est passé à une phase d’échanges culturels.

Pour terminer ce tableau, Moh Cherbi évoque les menaces qui pèsent sur la kabylité. Après une ouverture démocratique de façade, l’Etat algérien a repris en main la société, c’est ce que le conférencier appelle l’ « effet d’étau ». A cela s’ajoutent de nombreux fléaux qui font la une de l’actualité kabyle, qu’il s’agisse de l’alcoolisme, du suicide ou de la montée de l’islamisme.

Le roman comme véhicule de la kabylité

On ne peut parler du roman kabyle d’expression française sans évoquer le nom de Mouloud Feraoun : ses trois romans Le Fils du pauvre, La Terre et le sang et Les Chemin qui montent sont des œuvres décisives pour le sujet qui nous intéressent. Ici, la Kabylie et ses habitants sont le sujet central. Feraoun reprend directement en français les mots kabyles qui appartiennent au quotidiens. On retrouve le kanoun (l’âtre), l’akoufi (silot à grain), le cheikh (le prêtre musulman). L’auteur décrit avec minutie le paysage, les us et coutumes, l’art culinaire et vestimentaires de son temps.

Malek Ouary, va plus loin encore. Cet écrivain transposer en français les expressions imagées du kabyle. on lit qu’un personnage ramène la porte, on a la traduction de « yerra tabburt » pour dire « il a refermé la porte ». Lorsqu’on lit « pas même une rognure d’ongle », l’auteur veut dire qu’il n’y a rien, car en kabyle on dit « ixef n yiccer ». « Ce qui est extraordinaire, c’est que ça passe très bien », constate Ahcène Belarbi. En effet, Ouary parvient à rendre la subtilité du langage en levant la barrière de la langue. « C’est du français kabylisé » explique pour sa part Moh Cherbi. Parmi les romans de Malek Ouary, on peut citer Le Grain dans la meule. Cet auteur est moins connu que Feraoun et Mammeri mais il est tout aussi grand. On retrouve encore la kabylité chez Nabil Farès. L’écrivain est originaire de Collo, à l’est de la Kabylie, il en parle d’ailleurs comme de la « presqu’île kabyle » et son œuvre est marquée par des références très subtiles à cette société.

Un patrimoine fragile

Deux personnes dans le public demandent des précisions sur la place des femmes dans le roman kabyle. Taos Amrouche est la seule grande romancière connue du grand public pour des œuvres comme Jacinthe noire et L’Amant imaginaire. Les deux conférenciers ne citent pas d’autres noms.

Nous demandons alors si le recul de la langue française dans les programmes scolaires algériens ne va pas assombrir l’avenir du roman francophone. Les deux intervenants acquiescent. Moh Cherbi, qui est enseignant explique qu’il a rencontré des étudiantes en grande difficulté devant des textes très simples. Ahcène Belarbi estime que la littérature francophone, tout comme la culture kabyle résistent encore. La rencontre se termine sur ces mots du journaliste, lequel a ensuite dédicacé quelques exemplaires de son roman La Fille des hommes libres (Publibook).

Un troisième auteur, Youcef Zirem devait intervenir à cette conférence, il n’était pas présent. La rencontre a été animée par par Moh Cherbi, assisté de Lotfi Hammoumraoui.

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