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La Kabylie, entre berbérisme et refondation

lundi 24 mars 2008, par Rezki Mammar

L’association Tamazgha a invit&é cinq intervenants à un débat consacré à la situation en Kabylie, parmi eux des universitaires, des militants et des observateurs. La démobilisation politique, la montée des violences et l’absence de perspectives économiques et sociales posent la question du renouvellement du discours politique. Parmi les invités, Yidir Plantade a livré une analyse intéressante sur les contradictions du berbérisme et son absence d’ancrages local et social.

Professeur de sciences économiques, Saïd Doumane enseigne en France.et à l’université Mouloud Mmameri à Tizi Ouzou en Haute-Kabylie. « Les choses sont criantes, pas besoin de faire des enquêtes de terrain pour débusquer des choses, des événements. Tout se voit à l’œil nu » déclare-t-il. L’universitaire a été frappé par l’apparition de la précarité, notamment mendiants dans les villages. Les jeunes sont fortement fragilisés par la crise économique, un sur deux est au chômage et beaucoup veulent quitter le pays.
La violence est omniprésente, liée à l’insécurité, à la grande délinquance et aussi au comportement des autorités. Le 12 fébrier dernier, un jeune a été abattu par l’armée à un barrage, officiellement pour n’avoir pas respecté les règles de sécurité.
La Kabylie connaît également ce que Saïd Doumane appelle le « désinvestissement ». La zone industrielle de Oued Aissi près de Tizi Ouzou a été relativement désertée par les entreprises.
L’enseignant a aussi évoqué la décrépttude de l’université. Les professeurs les plus compétents ont quitté les lieux. « La gestion de l’université est revenue aux gens que nous avons combattu en 1980 » constate amèrement le militant en regardant ses voisins qui ont connu un campus plus politisé jusque là.

De gauche à droite : Yidir Plantade, Saïd Doumane et Rachid Allam

Devant la démobilisation, l’islamisme a nettement progressé. L’Etat est aussi très présent, moins par la répression que par la corruption, la récupération et la neutralisation des personnes et des symboles.
Saïd Doumane avance quelques explications pour comprendre une telle évolution. « Les Kabyles sont fatiguée, ils sont mêmes exténués » sans aucun répis, de la guerre d’Algérie à nos jours, en passant par le Printemps berbère.
A cela s’ajoute un paradoxe politique. L’ouverture relative de 1989 n’a rien arrangé : « Les partis politiques se sont affronté pendant au moins dix ans, ils se sont neutralisé, ils ont démobilisé les militants et ensuite toute la population » estime l’enseignant.
Saïd Doumane ajoute une raison culturelle et anthropologique. « Les Kabyles depuis toujours ne se battent jamais pour eux-mêmes ». ils dépensent leur énergie pour les autres plutôt que pour eux-mêmes.

Archéologie du berbérisme

Après Saïd Doumane, c’est un jeune observateur qui prend la parole, actuellement consultant sur le marché chinois au sein d’une entreprise française, l’intervenant a collaboré à plusieurs sites kabyles jusqu’à 2006. Yidir Plantade propose une déconstruction de ce qu’il appelle « la légende dorée du mouvement berbériste ».
Yidir précise que son analyse ne vise pas à remettre en cause la sincérité et l’engagement des militants de 1980, mais à comprendre le discours de l’époque. On l’oublie souvent, les militants utilisent exactement le discours du régime, avec parfois les mêmes accents centralsateur et socialiste. Le mouvement de 1980 est certes limité à la Kabylie et aux Kabyles d’Alger, mais les protagonistes ont toujours déclaré se battre se battre en faveur des toutes les « langues populaires », c’est à dire le berbère et l’arabe dialectal. De la plâte forme de Yakouren de 1980, jusqu’aux discours des partis politiques issus du Printemps berbère, on retrouve le refus catégorique de tout ancrage kabyle. Ainsi, les berbéristes rejettent systématiquement l’accusation de régionalisme portée contre eux par le régime.
Sur le terrain, les partis ont appliqué ce mot d’ordre, au risque de se couper de leur électorat, lequel est limité à la Kabylie. La Consititution de 1996 a reconnu l’amazighité (la berbérité) comme l’une des dimension de l’identité algérienne. En 2002, le berbère est devenu langue nationale, du moins pour la forme. Mais concrêtement dans la vie quotidienne et au plan local, les choses n’ont pas évolué. Yidir Plantade donne un exemple, celui des institutions locales : la loi oblige les assemblées des wilayas (départements) et des communes à délibérer en arabe et à rédiger leurs travaux dans cette langue, y compris en Kabylie. « Je pense que là, il y a un gisement de mobilisation qui a été inexploité par les acteurs du mouvement. Aujourd’hui, et cela a été dit précédemment, la portée nationale du berbérisme est morte ou agonisante ». L’ancrage local kabyle, lié aux thèmes de l’économique et du social reste donc à inventer. Chose rare, l’intervention de Yidir a d’ailleurs été saluée dans le public.

Créer en langue kabyle

Rachid Allam a pris la parole sur le thème de « l’œuvre kabyle ».L’intervant rappelle qu’ne culture ne peut pas survivre sans créations. « Jusque-là, les structures villageoises traditionnelles ont protégé les villages de « l’autre ». Mais ces structures n’existent plus. La Kabylie et le village kabyle sont ouverts sur le monde. C’est bien l’ouverture, mais l’ouverture, si on n’a rien à proposer, on disparaît. » explique ce militant du Prrintemps berbère. L’intervenant donne un exemple, celui du théâtre. Dans les années 1980, lui et son groupe créent une troupe et montent un spectacle. En 1987, ils fondent une nouvelle troupe, Meghres. Le théâtre permet l’échange et le débat. Cette aventure se poursuit avec la création d’un festival du théâtre de langue amazighe. En 1988, la première édition rassemble huit troupes connues. En 1990 quarante troupes sont présentes. Même la téléivion est venue, et bien entendu aucune image n’a été passée sur la chaîne unique contrôlée par l’Etat. Ce festival a donné une implsion à l’art dramatique berbérophone, il a aussi formé une génération d’acteurs que l’on a retrouvés plus tard dans les films kabyles La Colline oubliée, Machaho ou La Montagne de Baya.

De gauche à droite : Lhoussain Azergui, Nora Larfi et Masin Ferkal, président de Tamazgha

Rachid Allam nuance fortement son propos, « il n’y a pas de lecteurs », le passage a l’écrit et même la transmission de la culture risquent d’être cimpromis. Le militant termine par un encouragement à chacun à écrire en kabyle.

La répresion au Maroc

Un autre intervenant, le journaliste Lhoussain Azrergui a présenté la situation au Maroc où l’Etat multiplis les arrestations de Berbères, d’abord des étudiants en 2007 et désormais des habitants du sud. De simples villageois de Boumal n Dades, coupés des monde après des chutes de neige, ont été arrêtés pour avoir manifesté afin de demander de l’aide. Un rassemblement va avoir lieu le samedi 29 mars à Paris à l’appel de Azal, Tamazgha, Tamaynut France et Tiwizi59.
Nous n’avons pas pu assister à l’intervention de Nora Larfi, militante du mouvement culturel berbère, mais elle nous a accordé un entretien disponible prochainement sur Rezki.net.

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