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L’amazighité des Marocains en France : entre la gestion de la France et le traitement du Maroc

samedi 12 février 2011, par Auteur externe

Nous publions ci-dessous la contribution de Lahoucine Bouyaakoubi, étudiant chercheur sur la situation de la berbérité marocaine en France.

La présence des Amazighs en France remonte à la fin du XIXe siècle. Farouches résistants contre la présence française depuis la prise d’Alger en 1830, les Amazighs (les Kabyles), attirent l’attention de l’administration coloniale. La répression de l’insurrection kabyle de 1871 fut l’occasion de vider les zones de résistances amazighes (notamment la Kabylie). De ce fait, l’émigration massive des Kabyles vers la France était à la fois un moyen pour affaiblir la résistance anti-française et imposer l’ordre colonial mais en même temps une solution pour casser les grèves menées par les ouvriers des usines du savon à Marseille.

L’émigration amazighe d’origine marocaine arrive un peu plut tard. Originaires de Souss, de Moyen Atlas ou du Sud-est, les premiers émigrés passent d’abord par Oran [1] (terre française à cette époque) avant d’atteindre la Métropole (la France). Fidèle à sa logique coloniale, la France, qu’elle soit en Algérie ou au Maroc, trouve dans l’émigration amazighe une stratégie à multiple profit : Vider les zones de résistance, fournir une main d’œuvre pour réactiver l’économie française (notamment dans les mines et dans les usines) et aussi des guerriers farouches pour défendre la France pendant les deux guerres mondiales (1914-1918, 1939-1945).

Cet article tend à analyser la place de l’amazighité dans sa version marocaine dans les milieux migratoires amazighs en France et comment les deux Etats, la France et le Maroc, gèrent chacun à sa façon cette question.

I- Le berbère : langue et culture émigrées.

L’émigration amazighe en France n’était pas seulement une émigration des forces économiques et militaires, c’est aussi une émigration linguistique et culturelle. Les Amazighs portent avec eux leur langue et leur culture. Par conséquent, la France, tout au long de sa présence en Afrique du Nord, (au Maroc 1912-1956, en Algérie 1830-1962 et en Tunisie 1881-1956) et même après les indépendances de ces pays, reste le refuge de cette culture et le lieu de son épanouissement, loin de la répression des Etat-nations post-coloniaux.

La crise berbère de 1949, voit le jour dans les milieux nationalistes algériens en France, entre les défenseurs de l’Algérie arabo-musulmane et les teneurs du discours sur l’Algérie algérienne. Cette crise donna naissance, au début des années cinquante, à la première association amazighe qui porte le nom de Tiwizi i tmazight. Animée par des militants d’origine kabyle, cette association ne dura guère longtemps. Elle est presque inconnue dans la chronologie des événements fondateurs de la revendication amazighe en France. Il faut attendre jusqu’en 1966 pour voir la fondation de l’académie berbère Agraw n Imazighen, considérée dans l’historiographie du mouvement amazighe comme l’association fondatrice d’un mouvement qui sera connu sous l’appellation du Mouvement culturel berbère en Algérie (amazigh au Maroc). Malgré le manque de moyens et la répression qu’elle subit, qu’elle soit du gouvernement français ou des pouvoirs de l’Afrique du Nord, (elle finit par sa dissolution), son impact fut décisif dans la constitution d’un discours militant autour de l’amazighité. Dans le même contexte, un Groupe d’études berbère voit le jour à Paris VIII. Ces initiatives marquent aussi la présence d’une question berbère en France.

Á côté des actions associatives militantes, accompagnées d’une production culturelle importante (roman, musique…), le domaine de la recherche scientifique berbère connut une effervescence remarquable. Déjà pendant la période coloniale, la “berbèrologie” fut presque un domaine exclusivement français. Après les indépendances des pays de l’Afrique du Nord, aucun institut français de 1960 à 1990 ne propose une formation complète en berbère. Les chercheurs berbérisants effectuent leurs recherches amazighes dans plusieurs instituts et universités généralistes (CNRS, (Paris, Aix), Université de Paris-V, Paris-III, Paris-VIII, EHESS-MSH, Aix/Marseille-I, EPHE-4e section,…) [2]. Aussi, plusieurs revues spécialisées dans le domaine virent le jour comme l’Encyclopédie berbère fondée par Gabriel Camps et dirigée par Salem Chaker, ou la Revue Awal, fondée par Mouloud Maameri et dirigée par Tassadit Yacine.

Le CRB (Centre de la recherche berbère), depuis sa création en 1990 à l’Institut National des Langues et Civilisations orientales (INALCO) reste l’unique au monde à proposer une formation complète du 1er au 3e cycle dans le domaine berbère [3].

II- Les Berbères de France aujourd’hui.

Le mouvement amazigh en France s’organise sous forme d’associations, de coordinations d’associations, d’artistes, de chercheurs, d’étudiants etc. Si la colonne vertébrale de ce mouvement est constituée essentiellement de Kabyles, l’apport des Amazighs d’origine marocaine est de plus en plus important, depuis le début des années 1990.

Une grande “communauté « invisible »

J’utilise le terme communauté avec beaucoup de vigilance pour désigner les Berbères de France. Je ne crois pas qu’ils existe des liens affectifs ou un sentiment d’appartenance commune entre tous les Berbères de France (Kabyles, Chleuhs ou Rifains). En revanche, l’appartenance régionale berbère, selon le dialecte parlé (kabyle, chleuh ou rifain) parait plus fort que l’appartenance à une identité berbère plus générale. Sans parler bien évidement des appartenances selon les pays d’origine. Ceci dit, les Berbères de France sont encore une identité en construction à l’aide des discours des mouvements de défense de la langue et de la culture berbère. Reste à s’interroger sur le nombre des Berbères en France.

Sans tenir compte des Amazighs nés en France et des naturalisés considérés par la République comme des Français à part entière et sans compter les Amazighs en « situation irrégulière » (difficile à compter avec exactitude), ils n’existe aucune statistique officielle sur le nombre des Amazighs en France, ni du côté des pays d’origine [4], ni du côté du pays d’accueil. La France, animée par un idéal républicain, refuse toute interrogation sur l’origine ethnique de ses habitants ou sur leur langue maternelle. Dans ce sens, les Amazighs sont confondus dans l’émigration à base d’Etat d’origine, algérienne, marocaine ou tunisienne. Généralement, ils sont vus tout simplement comme des Maghrébins, des Arabes ou des musulmans. Tenant compte de la région d’origine ou du lieu de naissance de l’émigré (Kabylie, Souss, Moyen Atlas ou le Rif), on peut supposer que la première génération des émigrés algériens et marocains est essentiellement amazighe. Ultérieurement, les sources de l’émigration ont largement changé et d’autres régions arabophones envoient ses natifs vers la métropole. Aujourd’hui, on compte au moins un million de ressortissant marocain en France.

Pour les Amazighs (toutes origines confondues), Salem Chaker avance un chiffre de 1,5 à 2 millions d’Amazighophones dont 1/3 sont d’origine marocaine [5]. Les seules statistiques officielles sur les Amazighophones d’origine marocaine en France viennent du Conseil de la Communauté marocaine à l’étranger (CCME). Selon un sondage effectué par l’Institut BVA sous la demande de CCME, dans 6 pays européens, les résultats relevés d’un échantillon de 2819 personnes (France : 503, Espagne : 413, Italie : 401, Belgique : 502, Pays-Bas : 500, Allemagne : 500), âgées entre 18 ans et 65 ans, ont tendance à présenter les Amazighs comme une petite minorité parmi les ressortissants marocains [6]. Selon les résultats de ce sondage, présentés par Driss El Yazami, président de CCME et Gaël Sliman, directeur général adjoint de BVA, le jeudi 16 juillet 2009 à Casablanca [7], 38 % des Marocains résidant en France (qu’ils soient de la première génération ou de la deuxième) parlent l’amazighe (tachelhit, tarifit ou tamazight), tandis que 93 % parlent l’arabe dialectal. 66 % pour la première génération et 56 % pour la deuxième parlent principalement l’arabe dialectal à la maison, tandis que 20 % pour la première génération et 22 % pour la deuxième parlent l’amazighe. Le sondage montre aussi que 12 % pour la première génération et 14 % pour la deuxième parlent l’amazighe avec leur enfant, tandis que 66 % de la première génération et 52 % pour la deuxième utilisent l’arabe comme moyen de communication avec les enfants. Pour la maîtrise des langues chez les enfants, l’enquête montre que 28 % des enfants maîtrisent l’arabe dialectal et 55 % le comprenne et pour l’amazighe, juste 7 % le parle et 18 % le comprenne.

En guise de conclusion, si on croit à la fiabilité de ces statistiques, on peut dire que la pratique de la langue amazighe diminue parmi les Marocains à l’étranger. Si elle se maintient jusqu’à aujourd’hui, cela n’est qu’une question de temps et de génération. Sans oublier les nouveaux émigrés amazighophones qui renforcent la pratique de cette langue en France. Mais si la pratique de la langue diminue, la conscience identitaire amazighe augmente. Les jeunes amazighs de France expriment cette conscience par l’adhésion aux associations amazighes, la recherche des cours de l’amazighe, la consommation de la production audio ou vidéo amazighe, la candidature aux épreuves du bac et l’attachement au pays et notamment aux régions d’origines. Devant cette montée de la conscience amazighe chez les Marocains résidant en France, l’Etat marocain reste muet et l’Etat français gère la situation à sa manière.

III- Les Amazighs d’origine marocaine au sein de la mouvance amazighe en France.

Les premiers étudiants amazighs d’origine marocaine arrivent en France pour finir leurs études supérieures au milieu des années 1970. Ils ont effectué des recherches académiques débouchant sur l’obtention de doctorats. Cela leur a permis de rentrer au Maroc et d’intégrer le corps de l’Enseignement supérieur. Au début des années 1990, on assiste en France à l’émergence des premières associations à vocation amazighe animées par des Marocains. Les associations anmuggar, Tamunt n Imazighn et Argan s’affichent comme des précurseurs de cette mouvance. Après l’arrivée des étudiants issus du mouvement amazigh marocain au milieu des années 1990, le tissu associatif amazigh en France se renforce par la création de l’association Azamazigh. Avec sa revue interne Parimazigh, son site Internet www.mondeberbère.com et ses multiples actions, elle était jusqu’en fin 1999 la seule association amazighe marocaine active en France. Les années 2000 marquent un tournant dans l’action associative amazighe marocaine en France. Toutes les associations des années 1990 cessent leur activité et, en revanche, la relève fut assurée par l’association Tamaynut-France crée en mars 2002. Avec son site www.tamaynutfrance.fr, son émission télévisée Izuran, et ses multiples activités, elle constitue la seule association amazighe (marocaine) active, sans interruption et durable (elle prépare la célébration de son 10e anniversaire 2002-2012). Elle est suivie par la création de l’Alliance des étudiants amazighs en France en 2003 à l’Université de Paris VIII, l’association Asays en 2004 avec son portail www.asays.com, l’association Azal pour l’échange culturel et artistique, fondée en 2006 avec son site www.azal.fr et sa troupe d’Ahidous, nommée Isnayen. Et enfin l’association Club Adlis voit le jour en juillet 2007. Toutes ces associations siègent à Paris. Dans le Nord, à Lille, l’association Tiwizi 59 voit le jour en juillet 2003. Avec son blog- Internet et son émission radiophonique nommée Tifawin (diffusée sur Radio Pastel), ainsi que ses activités annuelles, elle constitue, avec les associations parisiennes, la locomotive de l’action associative destinée à l’amazighité dans sa version Marocaine [8].

Au niveau des médias, les Amazighs de France d’origine marocaine sont très actifs sur la toile. A côté des sites Internet associatifs, des individus créent leur propres sites, à titre d’exemple www.amazighnews.net ou www.sous.com. Aussi, ils investissent les Radios locales et la seule chaîne berbère, privée en France BR Tv. Dans ce sens, depuis les années 1980, Mohamed Bennana anima des émissions en et sur le berbère sur les ondes des Radios locales (à Paris, en 1982-83 sur Radio Afrique et Radio Tamazight et à la ville de Rouen de 1984 à 1987 sur Radio Figue). Cette expérience fut suivie, au début des années 1990, d’une autre émission animée par Azal sur Radio soleil à Paris. Entre 2001 et 2005, la Radio Beur FM consacra une émission hebdomadaire appelée anmuggar et animée par Mohamed Zendouz et Brahim Lasri, avant que Radio Soleil revienne en 2009 pour consacrer une émission en tachelhit animée par Elbachir. Pour la télévision, Berbère Télévision consacra dès sa création une émission en amazighe marocain (tachelhit) et animée par Rachid Ridouan Ziri. La relève fut prise par Anir Bouyaakoubi avec son émission Içuran (2003-2004). Il cède sa place à Lahoucine Outachfit pour assurer la continuité en 2009 avec son émission Targant n Usunfu.

D’une manière générale, la culture amazighe dans sa version marocaine est très présente en France notamment du point de vue quantitatif. Mais leur visibilité “politique” est presque absente. En revanche les Amazighs (marocains) affirment leur attachement à leur amazighité via la transmission de la langue (notamment la première génération), les prénoms amazighs (la génération militante), les noms des entreprises et sociétés (généralement des toponymes amazighs des villages, tribus ou villes d’origine…), la consommation des productions musicales et cinématographiques amazighes, la création des associations, la fondation des troupes de musique et celles de danses collectives amazighes (ahidouss et ahwach), la recherche académique (des jeunes amazighs nés en France qui effectuent des recherches académiques dans le domaine amazigh), etc.

Si les Amazighs d’origine marocaine affichent leur attachement “doux” à leur amazighité, l’Etat Marocain, jusqu’à 2010, ne prend aucune mesure pour la promotion de cette langue et de cette culture auprès des ressortissants marocains malgré les changements que l’identité amazighe a connus au niveau du Maroc depuis la création de l’Institut royal de la culture amazighe en 2001. On peut même dire que les ambassades du Maroc, en insistant sur l’arabisation des Marocains de la diaspora, vont à l’encontre des discours officiels affichés au niveau du Maroc. Dans le même sens, des familles exprimant leur volonté de donner un prénom amazigh à leurs nouveau-nés se trouvent bloquées devant l’interdiction des services de l’état civil des consulats du Maroc.

IV- L’enseignement de l’amazighe en France et l’absence du gouvernement marocain.

L’amazighe (le berbère) est depuis plusieurs années parmi les langues que l’élève français (amazighophone) peut choisir à titre facultatif comme option aux examens du bac. La place du berbère dans la politique linguistique de la République française s’est accentuée notamment suite aux polémiques provoquées autour de la Charte européenne des Langues régionales. Le berbère en a bénéficié et fut reconnue comme langue de France non territoriale (rapport Carcassonne (1998), Rapport Stasi (2003))9. Pour les épreuves du bac, le nombre des candidats augmente chaque année. En 1978-1979, les candidats au niveau de l’Ile de France sont au nombre de 30. En 1987, il passe à 544 et à partir de 1992, il arrive à 1000 candidats. Quelques années plus tard, en 1995, le nombre des candidats atteint 1534. Le chiffre de 2000 est atteint durant la décennie 2000-2010. Il est important de signaler que sur tout le territoire national français, le berbère (kabyle, tachelhit et tarifit) est la première langue demandée après les langues régionales de France. Si les Kabyles furent majoritaires pendant les premières années, les Amazighs d’origine marocaine (Chleuhs et Rifains) arrivèrent, depuis 1998, à la tête des demandeurs de cette épreuve (65% des copies). En 2004 on enregistre 40 % pour les Chleuhs, 35 % pour les Rifains et 25 % pour les Kabyles10.

Au moment où les jeunes amazighes d’origine marocaine affirment de plus en plus leur attachement à leur langue, l’Etat marocain via les programmes proposés par son ambassade ignore complètement cette réalité. En revanche, il signa des accords avec la France comme la convention de 1975 ou l’accord bilatérale du 14/11/83, publié dans le journal officiel de 1991… pour encourager l’enseignement de la langue arabe aux Marocains résidant en France. De ce fait, l’arabe est enseigné à titre facultatif et sous la demande des parents d’élèves dans 1589 écoles et établissements scolaires relevant de 83 départements. Les cours sont assurés par des enseignants venus du Maroc et rémunérés par la Fondation Hassan II. Sur le site de l’Ambassade du Maroc en France, on trouve que parmi les objectifs de l’enseignement de l’arabe aux Marocains en France s’affiche la volonté de l’Etat marocain de « prendre en considération son identité culturelle et sa langue d’origine »11. Ceci dit, le Maroc ne reconnaît que l’arabe comme langue d’origine des Marocains de France et ignore complètement la diversité des langues maternelles des Marocains. Or, au moment où l’Etat du Maroc refuse d’encourager l’une des langues marocaines demandées, l’amazighe (voir les statistiques précédentes), il persiste à imposer l’arabe classique malgré l’échec que l’enseignement de cette langue subit auprès des Marocains de France12.

La création de CCME, (Conseil de la Communauté marocaine à l’étranger), ne semble pas mettre dans sa stratégie l’enseignement de la langue amazighe. La même remarque est retirée de différentes déclarations et interviews des responsables marocains au sujet des Marocains vivant à l’étranger. Dans ce sens, Mr Mohamed Ameur, ministre délégué auprès du premier ministre chargé de la Communauté marocaine résidant à l’étranger n’a prononcé aucun mot sur l’amazighité tout au long de l’émission Hiwar diffusée sur al-oula, le 13 juillet 2010. En dehors du souci religieux (l’islam marocain) et la langue arabe, l’amazighité ne fait pas partie des politiques destinées aux Marocains du monde. Selon la même vision, des cours de la langue arabe se présentent chaque année aux Marocains allant passer leurs vacances au Maroc. Cette stratégie se confirme incontestablement lors de la conférence organisée à Rabat les 24-25 juin 2010 par le CCME autour de la maîtrise des langues chez les Marocains du monde. En marginalisant l’amazighe, l’objectif de cette rencontre fut de réfléchir aux méthodes adéquates pour renforcer l’enseignement de l’arabe dans les milieux migratoires marocains. De son côté, l’Institut royal de la Culture amazighe, même s’il a désigné parmi ses membres du Conseil d’administration un amazigh résidant à l’étranger (pays Bas), n’a pas encore pris, après dix ans de son existence, des mesures pour enseigner l’amazighe aux Marocains du monde.

V- La convention entre l’IRCAM et le ministère chargé des MRE : Quelles perspectives ?

Le 12 novembre 2010, une convention fut signée entre l’Institut royal de la Culture amazighe et le ministère chargé de la communauté marocaine à l’étranger (MRE). Elle envisage essentiellement l’apprentissage de la langue amazighe au Marocains du monde et la subvention des activités culturelles amazighes organisées par les associations des Marocains de l’Etranger. En insistant sur les cours pour enfants, cette convention met en avant la transmission de la langue amazighe. Or, la mise en application de cette convention peut rencontrer quelques obstacles. Mis à part le peu d’associations, précitées, qui déclarent ouvertement leur militantisme pour les droits amazighs, les autres associations des Marocains résidant à l’Etranger ne portent aucun intérêt à la langue et à la culture amazighe, à part son côté “festifolklorique”. Dans ce sens, en attendant que les associations amazighes déposent leurs projets auprès de l’IRCAM ou le ministère chargé des Marocains à l’Etranger, l’enseignement de l’amazighe, à l’image de la langue arabe, doit être porté par les ambassades du Royaume du Maroc. Ils doivent informer tous les Marocains du monde, par des annonces, des lettres personnelles, des portes ouvertes, et même par les chaînes de télévision marocaines…, de la mise en place des cours de l’amazighe. Une compagne de sensibilisation doit précédée à toute action de l’enseignement de l’amazighe. A l’exemple de la langue arabe, des accords doivent être signés entre le gouvernement marocain et le gouvernement français pour assurer l’enseignement de la langue amazighe comme l’une des langues d’origine des Marocains de France et les enseignants doivent être pris en charge par l’Etat marocain. En attendant, l’objectif principal de cette Convention doit être à premier temps la subvention de toutes les activités culturelles organisées autour de la culture amazighe. Cela permettra aux Marocains du Monde de comprendre l’évolution de la revendication amazighe au Maroc et l’importance de l’amazighité dans leur identité. Pour l’enseignement, il me semble que dans l’état actuel des associations amazighes en France, les cours d’adultes sont plus importants que les cours d’enfants difficile à réunir. A côté des Marocains (et même des Français) qui cherchent à apprendre l’amazighe, les étudiants au bac peuvent en trouver une préparation pour l’épreuve de bac qu’il passe jusqu’à présent sans aucun cours préalable13. Cela nécessite l’existence d’une vraie volonté politique de la part du Gouvernement marocain pour la promotion de la langue et la culture amazighe auprès des Marocains à l’étranger. Dans ce sens, pour réussir ce grand chantier, le gouvernement marocain, à l’image de ce qu’il fait pour la langue arabe, doit fournir les moyens financiers et humains. De même, la langue amazighe enseignée doit être porteuse des valeurs universelles, d’égalité, de laïcité et des droits de l’Homme. Elle doit contribuer à mettre en valeur l’apport des Amazighs dans les civilisations de la méditerranée. Aussi, s’elle vise à renforcer l’attachement des Marocains à leur pays d’origine, elle ne doit pas les éloigner de leur pays d’accueil ou de naissance.

Conclusion

On peut dire que le Maroc, en ignorant pendant longtemps l’amazighité des Marocains en France, donne plus d’importance à se positionner dans le domaine religieux. La France, depuis sa conquête de l’Afrique du Nord, fut toujours le lieu des enjeux politiques autour de l’islam. Avec la construction de la mosquée de Paris (Votée en 1920, début de construction en 1922 et inauguration en 1926), elle chercha même à être la première puissance musulmane dans le monde. Aujourd’hui, la France subit les conséquences de son histoire. Dans ce sens, le Maroc proposa aux Marocains de France l’islam marocain “modéré”. Il parait que c’est une priorité pour le gouvernement marocain dans le but de faire face aux autres tendances musulmanes qualifiées de “wahabiste intégristes”, qui influencent les Marocains de France. Bien évidement la langue amazighe qui a toujours marqué l’islam marocain n’occupe aucune place dans cette politique de réforme du champ religieux. Du côté français, malgré tous les discours sur les Berbères de France qui tendent à faire de la revendication berbère une question franco-française, loin des pays d’origines, la question berbère est vue comme l’une des questions liées aux différents problèmes de l’immigration (le voile, la sécurité, les langues d’origine…). La France ose même déclarer devant le Comité de Lutte contre toutes les discriminations, à Genève, que le berbère, en tant que langue d’aucun pays, ne doit pas être enseigné en France. En plus de ça, cette question rappelle au gouvernement français les relations tendues franco-algériennes14. Le blocage de la création de la Maison de la culture berbère, malgré les promesses du Maire de Paris depuis plusieurs années, en est probablement, la preuve. Dans ce contexte, le Maroc, le plus grand pays berbère du monde, ne cherche pas, me semble-il, à avoir une place dans la gestion de la question berbère en France.


[1Léopold Justinard, Les chleuhs dans la banlieue de Paris, Revue des Études Islamiques, 1928. (Republié par Rachid Agrour dans son ouvrage intitulé : Léopold Justinard, missionnaire de la tachelhit 1914-1954, quarante ans d’étude berbère, Paris, Bouchene, 2007. p. 215)

[2Voir le site du Centre de la recherche berbère CRB, rubrique Historique et perspectives

[3Pour plus d’information sur le berbère à l’Inalco, voir l’article de Salem Chaker sur le site du CRB. Cette situation correspond à la période d’avant l’ouverture politique sur la question amazighe qu’il soit au Maroc ou en Algérie. Au Maroc, la création de l’IRCAM en 2001 est suivie par la mise en place des masters et filières amazighes dans plusieurs universités marocaines (Agadir, Oujda, Fès) et délivrent des diplômes en amazighe. La première promotion des diplômés en amazighe est sortie en 2010 à l’Université d’Agadir

[4Jusqu’au recensement de 2004, le Maroc ne révèle aucun chiffre sur le nombre des Amazighs au Maroc. C’était même une question taboue

[6Ces résultats orientés et non fiables correspondent aussi à ceux déclarés par le dernier recensement effectué au Maroc en 2004. Ils présentent les Amazighs au Maroc comme minorité par un pourcentage de 28 % de la population marocaine. A ce sujet, voir les statistiques publiées par le CCME en juillet de 2009.

[7Les résultats complets du sondages résultats complets du sondage sont accessibles au format PDF. Consulté le 28-12-2009.

[8L’association AFAFA fut crée aussi au Nord de la France, à Roubaix. Elle est animée essentiellement par des Amazighs d’origine marocaine, mais elle se présente comme association amazighe tout court, sans référence au Maroc.

Messages

  • amazigh marocains existent sur le papier mais ils ont peur de leur ombre. Rien a gratter de ce cote la. Bien sur il ya toujours un ou deux personnes qui font l’exception.
    Mokrane

    • les amazighs marocains n’ont pas de velléités indépendantistes comme les kabyles pour la simple raison que le pays leur appartient. D’ou leur stratégie de militantisme axée sur les volets politique et culturel.

      Les kabyles n’ont d’autres moyens que la violence et la casse pour espérer un jour avoir un semblant d’autonomie,

      mais pour certains, comme le bonhomme auteur du commentaire précédent, il est toujours bon pour le moral d’accuser les autres amazighs de peureux, ca donne au moins le sentiment d’être soi-même courageux, n’est ce pas ?

    • t hors zone de couverture

  • AINSI PARLAIT L’AMI FIDELE DU MAKHZEN (MAKHNEZ) MAROCAIN...

    Il y a encore peu, on disait aussi que la Tunisie était la suisse du "maghreb, hachakoum" je veux dire de l’Afrique du Nord.

    Il existe donc un état Amazigh en Afrique du Nord non colonisé par les arabes sous couvert de l’islam, sans que l’on ne le sache ?

    Essaies donc un peu de faire part de tes idées à Rabat ou à Casa, et reviens (si tu es encore des notres) me raconter ton aventure...
    Frère Jacques, Frère Jaques, dormez vous ! Sonnez les matines ding dang dong ! tu connais ?

    Hommage aux véritable Militants Amazighs et on vIEnt d’en perdre encore un NBA de Saghru Band, tout le reste c’est de la puanteur baâthiste et c’est tout ! (Je te conseille d’écouter "BU T’HANUT" pour découvrir TA réalité...

    Vive la lutte pour la Liberté !

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