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L’Internet berbère : présentation, enjeux et perspectives

mercredi 6 février 2008, par Rezki Mammar

Une rencontre consacrée au Web amazigh a eu lieu à Levallois dans les Hauts-de-Seine le 20 janvier dernier. L’Internet joue un rôle inédit. Depuis la fin des années 1990, le réseau a été investi par les Berbères de l’immigration pour devenir un lieu de revendication et de transmission d’une culture marginalisée. Les intervenants ont tenté de définir les contours de ce mouvement et d’en cerner les enjeux. Voici la première partie de la conférence-débat.

La rencontre est un peu atypique, elle a lieu un dimanche matin. Le sujet du débat est tout aussi particulier : l’Internet amazigh. Officiellement, l’Algérie et le Maroc sont des « pays arabes » Même chose pour les populations issues de l’immigration. Les médias les appellent « Maghrébins », « beurs », « musulmans ». Avec de bonnes ou de mauvaises intentions, la presse écrite, la radio et la télévision utilisent l’une ou l’autre de ces identités. Quant à se définir comme « berbère », c’est une autre paire de manches. Du moins, jusqu’à l’arrivée d’Internet. Avec ce médias, chacun peut se définir comme il l’entend, sans tenir compte des règles idélogiques, économiques et sociales. Pour parler de l’Internet amazigh, quatre intervenant ont pris la parole lors d’un débat organisé à Lvallois, dans la banlieue ouest de Paris le 20 janvier dernier. La rencontre, organisée par l’Association franco-berbère de Levallois et Rezki.net a donné lieu à un échange avec le public. A la tribune, Samy Berkani, webmaster et créateur de La-Kabylie.com, Bélaid Haddouche, président de l’assciation hôte, Abdellah, administrateur de plusieurs sites berbères marocains et moi pour Rezki.net.

La voix de l’immigration

Je suis intervenu pour me présenter et décrire l’Internet kabyle. Le Web abolit les frontières d’espace et de temps, il donne accès à une information immédiate. S’agissant des internautes, j’explique que « c’est la première fois que par un média ils s’identifient clairement en tant que Bertbères ». Dès la fin des années 1990 naissent des sites pionniers comme Mondeberbere.com et Kabyle.com. Ces médias ont vu le jour dans l’immigration, car l’Internet a commencé à se développer à partir des pays industrialisés. dès 2002 et 2003, l’ADSL se démocratise en France et le nombre de sites augmente fortement. C’est aussi l’ère des grandes questions.

L’éclatement du Web kabyle

Les grands sites s’organisent en « rédactions », mais rapidement elles sont soumises à une forte instabilité. Au départ, les rédacteurs acceptent d’écrire sans être rémunérés, car ils viennent pour s’exprimer et pour obtenir une forme de reconnaissance. En 2005, Kabyle.com connaît une scission, l’ancienne rédactrice en chef quitte le groupe avec une partie de l’équipe, elle crée Kabyles.com. En 2006, des membres de Kabyles.com partent pour lancer Kabylienews.com aujourd’hui disparu. Depuis, Kabyles.com est devenu Kabyles.net. Ces bouleversements sont riches d’enseignements.
La première question est celle de la professionnalisation. Actuellement, seul Kabyle.com fait vivre ses dirigeants, mais aucun site kabyle ne peut rémunérer ses rédacteurs pour offrir un contenu professionnel.
D’où le deuxième problème, le manque de contenus a amené les sites kabyles et plus généralement berbères à se copier les uns les autres.
Troisièmement, le manque de contenu a entraîné une dérive. Plusieurs sites se sont mis à copier à l’identique les communiqués des associations et les articles des grands médias sans rien apporter de neuf. Résultat, le Web amazigh n’a pas su trouver un ton différent des médias traditionnels. Mondekabyle.com né en 2005 a été une tentative de faire émerger une voix différente, mais il fini par disparaître faute de rédacteurs. L’une des rares expériences de cyber journalisme a vu le jour en Kabylie, à l’initiative du journaliste Mohand Saïd Belkacemi (BMS).
Au cours de ces derniers mois, les Kabyles restés aux pays occupent un rôle de plus en plus important. Parmi eux figure justement BMS.
Pour finir, Kabyle.com et Kabyles.net nont devenus des médias transméditerranéens : ces deux portails publient ne publient plus seulement des articles écrits en France, les rédacteurs de Kabylie jouent un rôle important. D’autres aspects n’ont pas été abordés ici, notamment le Web en langue kabyle ainsi que les blogs et les projets culturels comme Kabylpedia. Ils ont été évoqués plus loin lors de l’échange avec le public.

La méthode marocaine

Le deuxième intervenant, Abdellah a dressé une description de l’Internet berbère marocain. Tout comme pour les Kabyles, le premier objectif était d’« exister ». Ici les pionniers s’appellent Leschleuhs.com et Souss.com. Leur force tient au fait qu’ils ont tissé des liens pour constituer des « communautés virtuelles » de milliers de membres. Puis est né Imurig.net, un portail culturel axé sur « un balayage de toute la scène culturelle chleuhe ».
Abdellah a lui aussi son site appelé Aamazighblog, il est également administrateur de Amazighweb (nouveau nom de Leschleuhs.com) et Imurig.net. A la différence du Web kabyle, les Amazighs marocains travaillent ensemble, on retrouve globalement les mêmes personnes dans plusieurs projets.
On retrouve le même obstacle : le manque de contenu, « presque un copier-coller d’un site à l’autre ». Lorsqu’un communiqué a été publié, presque tous les portails le mettent en une. Les responsables des différents médias ont alors réfléchi à un projet permettant de partager le travail et de donner une cohérence à l’ensemble. Un portail actuellement en projet consiste à rassembler « un ensemble de sites reliés par des fils RSS ». Les médias déjà existants pourront alors se spécialiser : Amazighweb.com servira de forum, Souss.com de magazine et Imurig.net sera dédié à la musique. La nouvelle entité permettra de leur donner une visibilité à l’ensemble. Le portail commun pourra aussi d’héberger d’autres contenus : les internautes auront la possibilité de créer un blog.

Des entreprises sur Internet

Samy Berkani, le troisième intervenant est webmaster professionnel. Le créateur de La-Kabylie.com estime que la professionnalisation est possible à une condition : « on doit faire en sorte que nos sites deviennent des entreprises à part entières ». Tout commence par la visibilité. Beaucoup de webmasters n’ont pas fait les efforts nécessaires pour améliorer leur référencement par les moteurs de recherche. Résultat, quand on tape « Kabylie » dans Google, La-Kabylie arrive avant Kabyle.com et même Wikipédia. Pour « kabyle » et « berbère », La-Kabylie tient une place honorable. Dans ses pages, le site offre une information originale, écrite avec le concours de chroniqueurs installés en France et en Kabylie.
Dès le départ, Samy a eu l’idée de contacter les autres sites et il a constaté que les réponses étaient très rares. Le webmaster estime que les désaccords sont une chose naturelle, chaque site ayant sa propre ligne éditoriale ; en revanche, il estime que « si on veut donner l’image de démocrates, laïcs ouverts, on doit d’abord l’etre nous-mêmes ».

Dans le prochain article, nous reviendrons sur les questions posées par le public.

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