Les textes d’analyse stratégique sur la Kabylie sont rares, du moins ceux qui sont rendus publics. L’ESISC est un centre spécialisé dans l’étude des conflits, notamment dans le domaine du terrorisme, il est basé à Bruxelles. Une note d’analyse a été publiée le 15 avril dernier par Dimitri Dombret, chercheur associé à l’ESISC. Globalement, l’auteur s’intéresse à la question kabyle sur le plan identitaire, il traite des origines du mouvement jusqu’à l’émergence du courant autonomiste.
Cette analyse est frappante par le nombre d’erreurs dans la désignation des partis et dans leur description. C’est le cas lorsque Dimitri Dombret confond le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie et le Mouvement citoyen : « En juin 2003, un rapport de l’International Crisis Group (ICG) explique que le MAK est un mouvement qui s’efforce : « de canaliser la colère de la jeunesse kabyle dans une forme de protestation politique non violente, ce mouvement a fait preuve au départ d’une aptitude remarquable à mobiliser les citoyens et a éclipsé les partis politiques de la région (... ) ». Si l’on consulte le rapport en question, on se rend compte que l’International Crisis Group parlait bien du Mouvement citoyen et non du MAK.
Un peu plus loin, l’analyste se trompe en expliquant que les deux partis kabyles officiels, le FFS et le RCD défendent l’autonomie. « Deux partis en Algérie défendent le projet d’ « autonomie de la Kabylie » : Le RCD (Rassemblement pour la Culture et la Démocratie) et le FFS (Front des Forces socialistes). Le FFS s’est élevé dès le début de l’indépendance contre le pouvoir absolu tandis que le RCD s’est battu pour faire accepter la diversité linguistique et identitaire. »
Les deux partis ont effectivement proposé au cours de leur histoire de donner plus de pouvoirs aux régions, mais ils n’ont jamais émis ces propositions spécialement pour la Kabylie, craignant sans doute de réveiller l’accusation de séparatisme qui est souvent brandie contre les Kabyles. C’est en mars 1979 que le FFS a proposé le triptyque « autonomie personnelle », « autonomie locale » et « autonomie régionale ». Ce projet n’a apparemment rien à voir avec l’autonomie proposée par le MAK. D’ailleurs, en novembre 2001, Ramdane Achab, docteur en linguistique oppose le modèle du FFS, qu’il défend et celui du MAK, qu’il rejette.
De son côté, le RCD soutient le principe de la « régionalisation modulable », mais cela n’est pas comparable avec l’idée d’une Kabylie autonome autour d’un projet nationalitaire. Le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie parle de « peuple kabyle », sur la base d’une revendication qu’il est le premier à porter.

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