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L’Algérie algérienne, le pari de la diversité

dimanche 15 avril 2007, par Rezki Mammar

Rachid Ali Yahia est partisan d’une Algérie algérienne, dans laquelle les deux langues, le berbère et l’arabe populaire pourront cohabiter. Le militant fédéraliste a donné une conférence aux côtés de Saïd Khellil, un ancien membre du Mouvement culturel berbère. La rencontre avait lieu le 5 avril à l’université de Jussieu., à l’invitation d’une association étudiante.

Dans les années 1940, une génération de jeunes lycéens berbérophones, essentiellement originaires de Kabylie élaborent une réflexion sur les différentes cultures et langues en présence en Algérie. Ce groupe, scolarisé à Ben Aknoun, sur les hauteurs d’Alger milite au sein du mouvement nationaliste algérien et espère qu’après l’indépendance, le berbère et l’arabe seront les deux langues officielles. Mais Messali Hadj et les cadres désavouent ce courant. La crise dîte « berbériste » de 1949 aboutit à une chasse aux sorcières au sein de l’organisation PPA-MTLD. Depuis cet épisode, toute revendication de diversité en Algérie est dénoncée comme un danger par l’idéologie domainante.

Saïd Khellil, à gauche et Rachid Ali Yahia à droite

S’il fallait retenir un seul nom parmi ces figures de Ben Aknoun, c’est celui de Ali Laïmeche, né à Tizi Rached, à l’est de Tizi Ouzou et mort prématurément en 1946 à 21 ans. A ses côtés, Bennaï Ouali et de nombreux autres, dont Rachid Ali Yahia, qui a fondé plus tard le Rassemblement pour l’Algérie algérienne fédérale (Raaf). Le 5 avril, ce dernier était invité par l’Union des étudiants algériens de France (UEAF) à venir discuter de l’Algérie algérienne avec Saïd Khellil, ancien mrmbre du Mouvement culturel berbère (MCB). Devant plusieurs dizaines de personnes, les deux hommes ont abordé la question de la diversité culturelle et lingustique en Algérie et la nécessité pour le pays de prendre en compte ses composantes nationales.

Le creuset berbère

Les mots ont leur importance. D’une part, les deux conférenciers parlent d’Afrique du Nord et pas de Maghreb (cette dernière appellation fait référence uniquement au monde arabe et ne tient pas compte de l’ancrage historique berbère, africain et méditerranéen). D’autre part, les deux hommes désignent les Algériens comme des Berbères, qu’ils soient arabophones ou berbérophones.
« En Algérie, il n’y a pas d’Arabes, en Afrique du Nord, il n’y a pas d’Arabes », rappelle Rachid Ali Yahia, en ajoutant que des populations extérieures sont venues et ont été assimilées dans le « creuset berbère » ; qu’il s’agisse des Romains, des Byzantins, des Arabes et des Turcs.
L’identité arabe a souvent été confondue à tort avec l’islam, dès le Moyen Age. « Pour être bien vu, il fallait se dite arabe », précise l’orateur. Même les souverains, comme les rois de Tlemcen se faisaient établir des arbres généalogiques selon lesquels leurs ancètres venaient de la péinsule arabique.
Pour Saïd Khellil, c’est la colonisation française qui a porté un « coup fatal » à la langue berbère. La destruction des structures sociales, l’exode massif vers les villes et la France, ainsi que la paupérisation, ont entraîné une arabisation du pays. L’ancien membre du MCB rappelle qu’au XIXème sièce, le pays comptait plus de berbérophones que d’arabophones, une situation qui s’est inversée avec l’occupation française.

Le fédéralisme

Rachid Ali Yahia raconte cette anecdote : Un homme politique algérien aurait prôné récemment la co officialité des langues berbère et arabe dans les régions berbérophones. « Qui peut accepter cela ? » ajoute le leader fédéraliste. « Moi j’accepte », répond un jeune assis dans les premiers rangs. « Parce que si ça continue comme ça, la langue kabyle risque de diparaître ». explique l’intervenant et il profite de sa prise de parole pour rappeler la situation pardoxale du berbère, promue langue nationale par la Consitution en 2002, mais sans que cela n’apporte d’avantage.
Rachid Ali Yahia est partisan d’un modèle fédéral avec un « pouvoir central, représentatif de l’unité nationale dans son ensemble », ainsi que des institutions pour chacun des groupes nationaux, arabophones et berbérophones et enfin des Etats régionaux. Une manière selon les fédéralistes de concilier les intérêts communs et particuliers.
Le mouvement fédéraliste veut aussi se pencher sur l’intégration régionale, à l’instar de l’Union européenne ou du Mercosur. « Nous avons pensé que l’Algérie n’est pas une grandeur qui se suffit à elle-même. Nous faisons partie de l’Afrique du Nord et dans nos projets, à lointaine échéance, nous considérons que cette fédération algérienne doit s’inscrire dans une confédération nord africaine », explique le fondateur du Raaf.

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