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L’ANB : « des Etats à part entière dans un ensemble totalement berbère »

mardi 15 avril 2014, par Rezki Mammar

Le 22 mars dernier, à Paris, une rencontre a permis de lancer les bases d’une union destinée à rassembler des Etats berbères : la Kabylie, l’Aurès rejoints par le Rif. Messaoud Nedjahi est l’un des artisans de cette alliance et il répond à nos questions.

Qui en a eu l’idée de la rencontre inaugurale ?

L’ANB est né en 2008 alors que nous étions un groupe aspirant à un Etat Indépendant des Aurès. Il n’était pas question pour moi de revendiquer une quelconque autonomie et vivre dans un ensemble qui me méprise. De plus il n’est pas question pour moi de lâcher une seule parcelle de notre Afrik. Je me sens solidaire de tous les autres berbères. Ce n’est pas une utopie. Nous n’avons pas su une première fois nous y prendre mais avec l’indépendance des régions dans un même combat le rêve que tous partageons deviendra réalité. C’est alors que j’ai proposé une autonomie de chacune des régions devenue désormais Etat à part entière dans un ensemble totalement berbère. Beaucoup n’avait pas saisie la portée de l’ANB surtout qu’au départ ce n’était qu’une nébuleuse que personne n’arrivait à définir.
C’est quoi l’ANB ? Serait-ce l’Axe Névralgique du Bouleversement. Désormais ces initiales diront toute leur pleine signification dans le livre « Aurès – Réflexion sur un état autonome des Aurès » qui sortira le 15 mai 2014. Il sera mis à disposition uniquement par vente à distance. C’est plus à ce propos que j’aimerai qu’on parle.

L’ANB a-t-elle vocation à intégrer des régions berbères au sein d’une nation ? Ou à être une union supranationale ?

Pas du tout. L’ANB ne peut être rejoint par une région berbère si celle-ci ne s’autoproclame pas Etat Indépendant. En effet toute région doit se définir comme un Etat Souverain avec sa propre constitution et son propre système d’autogestion.

Qui a adhéré au projet à l’heure actuelle ?

L’ANB n’est pas un projet mais une structure née en 2008 pour englober l’ensemble des combats berbères. Chaque région mène son propre combat mais il est important d’unir nos forces. Faites sortir dans la rue 10.000 Kabyles et ils auront en face d’eux 30.000 militaires pour les réprimer. Supposons qu’à ces 10.000 Kabyles au même instant viennent s’ajouter 10.000 Auressiens, 10.000 Mzabs, 10.000 Touaregs, que feront alors ces militaires ? Ils ne sauront sur qui frapper. C’est cette coordination qui nous manquait. Voilà pourquoi nous avions provoqué la rencontre du 22 mars pour l’union Aurès – Kabylie qui est unique en son genre sur le plan symbolique. Le jour même le Rif nous a rejoint.

Peut-on adhérer à titre personnel, comme militant, ou groupe de réflexion ?

L’ANB n’a pas à accepter les adhésions des uns ou des autres. Tout individu peut se joindre à l’ensemble mais seulement en tant que représentant d’une région qui fait le souhait de devenir un Etat Indépendant même s’il est le seul à le faire et même s’il n’est soutenu de personne. Quant au groupe de réflexion, il en existe plusieurs mais par Etat. En tant qu’Auressien je n’ai aucun droit de me substituer à un Kabyle, Mzab ou autre. Je ne peux intervenir qu’au sein de l’Etat Autonome des Aurès. L’Autonomie est à comprendre au sein d’un ensemble berbère totalement libre et indépendant.

Prenons le cas où deux entités concurrentes veulent adhérer à l’ANB en portant deux projets d’Etat dans une même région. Comment gérer leur représentation ?

L’ANB ne gère rien. C’est aux deux entités de résoudre leur divergence. Je l’ai vécu personnellement lors de la rencontre du 22 mars. D’incessantes attaques furent dirigées contre moi quand j’ai utilisé le terme Aurès pour désigner mon pays. Ceux-ci ont réagi, souvent par ignorance mais nombreux sont ceux qui le firent par malveillance pour nous engluer dans un tribalisme que le pouvoir en place ne cesse de mettre en avant. Le colon algériano-arabo-islamo-baathiste fera tout pour effacer de nos mémoires le mot Aurès qui a déjà disparu des livres scolaires. Nous parlons ici du Grand Aurès dont parlait Procope dans Le Livre des Edifices. Cet Aurès s’étendant du Hodna à la Tripolitaine ou même cet autre Aurès cité par l’historien arabe El-Bakri allant de Msila au massif Tébessa en Tunisie, comme il le dit à quelques jours de marche de Kairouan.

L’Aurès s’est souvent retrouvé au cœur de l’histoire nord-africaine. Paradoxalement, ce pays est moins connu de nos contemporains.

Il le sera encore plus si l’on ne fait rien. En fait l’Afrik se divisait en trois parties : les terres d’où se lève le soleil (As-iwa), les terres ombragées de Tamentit (Ur-as) et enfin les terres du soleil couchant (Atl-as). Chaque colon qui se présentait déplaçait peuples et frontières. Ainsi au V° siècle, selon Procope dans Le Livre des Edifices, il situait l’Aurès depuis le Hodna à la Tripolitaine. Après l’arrivée de l’envahisseur arabe, il fut encore amputé et s’étendait, selon Al Bakri à quelques jours de marche de Kairouan, depuis Msila aux monts Tébessa en Tunisie. Rome l’avait auparavant amputé de sa partie nord (Ijermân) et de sa partie sud (Zab ou Ziban). La France en fit une province de Constantine avant d’en faire une commune mixte de l’Aurès. L’Algérie enfin le changea d’abord en wilaya de Batna avant de l’amputer de Biskra, Khenchela, Makumidas etc. Aujourd’hui l’administration algérienne veut le réduire à une petite montagne insignifiante dans la wilaya de Khenchela pour effacer à jamais ce nom mythique qui défia tous les colons. Mais nous avons grand espoir de faire renaître une fois pour toute le Grand Aurès indépendant et libre.

Tu fais partie d’un noyau de personnes qui travaillent sur un dictionnaire berbère. Est-ce que ce travail peut aboutir sur une réalisation dans le cadre de l’ANB ?

Je l’espère en tout cas. Ce n’est pas un dictionnaire mais juste un lexique (Aberwal) rassemblant plus de 45.000 mots pour l’instant jusque là dans 5 variantes (Aurès, Kabylie, Fazaz, Mzâb, Nfusa). Nous n’indiquons pas de quelle variante berbère le mot dérive. S’il est différent nous le considérons comme un synonyme. Ainsi avec le temps, les mots deviendront universels et seront utilisés avec plus d’aisance dans toute l’Afrik.

Vous avez aussi prévu de travailler à une actualisation du droit coutumier...

En effet le droit coutumier sera la base principale d’inspiration pour ériger nos états autonome au sein de l’ANB.

La monnaie doit-elle être battue par chaque Etat ou par l’union de tous ?

Nous avons beaucoup réfléchi au problème de la monnaie. Quand nous avons vu le pied-fort à l’effigie de Matoub Lounes, nous l’avons rejeté d’un bloc. Nous pouvons accepter une monnaie unique avec des effigies non contestables comme celles de Mass Inagh, Yujerten, Tifkirin, Aksel, Tamza, ou autre mais pas celles des icônes locales car nous aussi nous avons nos icônes et nos symboles. D’accord pour une monnaie commune avec un côté face qui sera l’expression de chacun des états indépendants et un côté pile commun à l’ensemble. Nous pourrons alors et seulement alors adhérer au projet.

Est-ce que le drapeau bleu, vert et jaune va être utilisé au sein de l’ANB ?

Non, malgré qu’il soit fédérateur. Chaque Etat Indépendant pensera son drapeau en toute liberté selon ses couleurs et ses symboles. Pour l’instant nous avons une sorte de pavillon auquel viennent se rajouter des étoiles à chaque fois qu’un Etat berbère se déclare indépendant. Aujourd’hui nous ne sommes qu’à 3 étoiles mais nous pensons qu’à la date anniversaire du 22 mars prochain nous serons arrivés à 7 étoiles.

Par quel biais peut-on vous contacter ou participer à vos travaux ?

D’abord par courriel à l’adresse suivante afrikberbere@yahoo.fr Toute personne pourra participer au groupe de réflexion et pourra le quitter à tout moment.

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