Kaina Radio, entretien avec Karim Choubane
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Kaina fait partie d’un bouquet de webradios créé par le groupe Startalgérie. Karim Choubane, coordinateur général au sein de cette jeune start up a répondu à nos questions. Les Kabyles sont longtemps restés à l’écart dans le domaine de la radio. Alors que Kabyle FM se prépare à émettre en région parisienne, nous nous sommes tournés vers Internet pour présenter cet autre acteur en plein développement sur le Web.
Rezki.net : En termes d’audience, où se situe Kaina par rapport aux autres radios du bouquet ?
Karim Choubane : Kaina Radio occupe la troisième place, derrière Sétif FM et Wahrai, nos deux grosses webradios locomotives ! C’est vrai que depuis maintenant six mois nous enregistrons des bons scores d’audience pour la radio musicale kabyle et c’est le fruits du travail de notre jeune directeur des programmes Juba Sid à Tizi Ouzou. Le pari est gagné, Kaina Radio est une référence dans la diffusion de musique kabyle sur le net.
Juba SId a trouvé le bon équilibre, ou comme on dit dans le jargon radio le « bon mix » dans sa programmation pour associer les piliers de la musique kabyle comme notre cher regretté Matoub, Slimane Azem, Cherif Kheddam et autres grands avec la nouvelle vague d’artistes tels que Allaoua, Guerbas, Thanina...
Kaina Radio est aussi starter sur les nouveaux artistes kabyle et grâce à Juba nous avons pu découvrir des nouvelles voix, des nouveaux talents, comme Maksen, Yuva, Thanina...
On a d’un côté une offre variée en arabe, une seule antenne kabyle et
aucune pour les autres berbérophones. Le déséquilibre est très net, vous ne trouvez pas ?
Notre bouquet musical algérien offre six radios thématiques musicales et bientôt le lancement d’une septième que je vous annonce en exclusivité ici à Rezki.net. Il reflète actuellement les principaux courants musicaux en Algérie : le chaabi et ses dérivés, le raï, le staifi, la musique kabyle, la variété algérienne et la musique orientale.
En vous citant ces différents styles de musique qui sont la réalité de l’Algérie et en cela je ne pense pas que nous avons commis un déséquilibre dans l’offre que nous proposons.
Bien entendu que la culture musicale berbère et algérienne est très riche, et pour l’avenir nous pourrions imaginer une autre webradio sur un thème musical berbère que nous n’aurions pas exploré, mais ce déséquilibre que vous évoquez me fait penser à un extrait de Kateb Yacine dans Les Ancêtres redoublent de férocité. « On croirait aujourd’hui, en Algérie et dans le monde, que les Algériens parlent l’arabe. Moi-même, je le croyais, jusqu’au jour où je me suis perdu en Kabylie. Pour retrouver mon chemin, je me suis adressé à un paysan sur la route. Je lui ai parlé en arabe. Il m’a répondu en tamazight. Impossible de se comprendre. Ce dialogue de sourds m’a donné à réfléchir. Je me suis demandé si le paysan kabyle aurait dû parler arabe, ou si, au contraire, j’aurais dû parler tamazight, la première langue du pays depuis les temps préhistoriques ... »
Les différentes radios sont en phase de développement, quel est votre
modèle économique ?
Nous sommes encore en pleine phase de développement. Nous avons signé en janvier de cette année un contrat de partenariat avec MSN Arabia. Nos radios sont maintenant disponibles sur le live channel de MSN Maghreb. Pour l’instant et je le conçois, il y a une certaine frilosité des annonceurs algériens à investir dans le Web, mais nous sommes confiant pour l’avenir. A mon goût le Web ne se développe pas aussi vite que je le souhaiterais en Algérie. Des efforts énormes de la part de tous les acteurs, politiques et économiques ont été entrepris mais il reste encore beaucoup de choses à faire.
Au-delà d’Internet, Startalgéria va-t-elle demander des fréquences en
Algérie ou en France ?
Nous sommes des Algériens. Notre priorité est l’Algérie. Nous serons candidats pour exploiter des fréquences FM dans ce pays. Notre aventure s’inscrit dans le cadre de la future ouverture du champ médiatique algérien, ce qui n’est pas encore à l’ordre du jour.
Nous espérons être des candidats sérieux et professionnels le jour venu... inch Allah !
Vous avez certainement des artistes ou des courants que vous avez envie de promouvoir ?
J’aime toutes les musiques : pop rock, dance, salsa, hip hop, le raï aussi et avant tout parce que je suis oranais et je suis aussi fan de la musique
chaabi.
Dans la musique kabyle, je suis à l’écoute des nouveaux artistes comme Lyes ou Slym. Mes classiques en kabyle sont Slimane Azem et Aït Menguellet. Je vais vous raconter une anecdote de ma vie privée. Toute ma jeunesse, mon père m’a fait écouter Aït Menguellet, en vain ! Je ne supportais pas ce chanteur, pour moi ça sonnait vieux. Mon père était un grand fan de ce chanteur.
Le jour ou mon père est mort (qu’il repose en paix), je me suis mis à écouter Aït Menguelet... et ce n’est que maintenant que je comprends tout ce que voulait me dire mon père. Il nous a quitté il y a six ans.
L’offre est axée sur la musique. Est-ce que vous avez des projets plus
généralistes ou dans le domaine de l’information ?
L’offre restera toujours axée sur la musique. Il y a des gens plus compétents que nous dans le domaine de l’information. Par contre, nous serons créatifs dans le domaine du divertissement, comme celui des émissions matinales ou des programmes thématiques tels que les reportages sur la vie des Algériens ou sur les service comme les annonces d’offres d’emploi que nous pourrons proposer à nos auditeurs.
Sur la radio publique algérienne, l’Etat contrôle tout et Beur FM a une programmation formatée et assez peu subversive. Et vous, qu’apportez-vous de nouveau ?
L’Etat algérien contrôle la radio publique algérienne comme l’Etat français contrôle les chaînes de Radio France. Je ne vois rien de choquant ! J’ai même travaillé à Radio France comme chargé de mission pour les radios locales à une époque. C’est une volonté politique que d’assumer un service public dans le domaine de la radio. Je pense que la radio algerienne fait un très bon travail avec les radios locales du pays et l’arrivée prochaine, enfin, d’une radio locale tant attendue à Tizi-Ouzou Radio Djurdjura.
Quant à nous, nous avons l’ambition d’apporter du professionnalisme dans notre programmation et de promouvoir toute la culture musicale algérienne, énorme chantier !.
Une radio kabyle va se lancer sur la bande FM en région parisienne, cela vous inspire-t-il une réaction ?
J’ai eu Idir Djouder directeur de Kabyle FM] au téléphone. Nous devons prochainement déjeuner ensemble. Kaina Radio pourrait être amenée à collaborer sur la musique avec Kabyle FM. Je le félicite pour sa persévérance. Enfin une radio kabyle pour la plus grande ville de France. beau challenge ! non ?
Je luis dirai ce que je vous dis là... j’espère qu’il fera de Kabyle FM avec
toute son équipe une radio pour tous les kabyles. L’heure n’est plus à la
division mais au rassemblement...
Je tenais à te remercier Rezki pour ton invitation et en espérant t’entendre prochainement sur Kaina Radio.com.