Gérard Lamari, un regard lucide sur le mouvement berbériste
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Un débat animé a eu lieu à Paris le 20 février dernier. Gérard Lamari a livré une analyse du mouvement tel qu’il a pris forme en Kabylie depuis les années soixante-dix et dont il est lui-même issu. Les berbéristes ont tout fait pour ne pas passer pour des séparatistes et finalement ils ont mis de l’eau dans leur vin, de même qu’ils ont préféré la revendication à l’action. Le conférencier avait promis un regard sans concessions, il a tenu parole.
Quand il se présente, Gérard Lamari aime à rappeler qu’il n’a aucun lien de parenté avec le général du même nom. La précision a son importance dans la bouche d’un défenseur de la langue amazighe, emprisonné Printemps berbère de 1980. L’homme a donné une conférence le 20 février dernier à Paris, à l’invitation de l’association Tamazgha, pour raconter son expérience et donner un aperçu de la situation actuelle en Kabylie.

Le conférencier revient sur les années 1970, qu’il considère comme « les plus belles années de la SM ». Pendnant cette période, la sécurité militaire algérienne a multiplié les intimidations, les enlèvement et étendu son contrôle sur la société toute entière. Parallèlement, la contestation se développe en Kabylie et dans l’immigration. C’est l’époque de l’Académie berbère, de la revue Itij (Le Soleil) et des poseurs de bombes. Pour Gérard Lamari, c’est un « frémissement » annonciateur. A Tizi Ouzou, le tout nouveau Centre universitaire ouvert à Oued Aïssi en 1977 devient le lieu où se cristallise l’opposition malgré la toute puissance de l’l’UNJA, le syndicat étudiant aux ordres de l’Etat. Gérard Lamari fait un rappel des événements que la salle connaît bien : le 10 mars 1980, les autorités préfectorales interdisent une conférence de l’écrivain Mouloud Mammeri sur les poèmes kabyles anciens. Du coup, le 11 mars a lieu la première manifestation spontanée depuis l’indépendance de l’Algérie.
Le « côté gentil » des Kabyles
Gérard Lamari pointe du doigt un paradoxe : les Kabyles ont tellement peur d’être accusés de séparatisme qu’ils ont des slogans étonnants : ils ont été jusqu’à défendre l’islamité et l’arabe dialectal en espérant rallier à eux, en vain le reste de l’Algérie. Une anecdote résume bien la situation : des Catalans viennent rencontrer les grévistes et leur demandent si leurs revendications sont du même type que celles du mouvement autonomiste catalan, les étudiants kabyles sautent au plafond et expliquent que non, car ils prônent l’unité nationale et le « respect des institutions ». Cette volonté de « se démarquer du séparatisme » se retrouve pendant plusieurs années avec la création de la Ligue algérienne des droits de l’homme et en 1989 avec la création des partis politiques FFS et RCD. Pour Gérard Lamari « le côté gentil ne nous a pas servi, c’est ce que j’appelle le paradigme kabyle ».
Un autre problème qui a été soulevé à plusieurs reprises par le conférencier, c’est le refus du mouvement de prendre en charge les problèmes et de toujours revendiquer en sachant qu’il n’obtiendra rien. En parlant de la répression de 2001, « On fait sortir deux millions de personnes et on revient avec des morts, j’appelle ça de l’autisme ». L’orateur explique qu’au lieu d’attendre que l’Etat introduise le berbère dans l’enseignement, on aurait mieux fait de le faire soi-même.
Manque de cohésion
Dans la salle, plusieurs personnes prennent la parole. Un jeune homme croit déceler une critique en règle contre les autonomistes et déclare que « depuis que l’idée d’autonomie a fait du chemin, beaucoup [de gens] sortent et [la] critiquent ». « Il faut qu’on se prenne en charge tous ensemble. Si le pouvoir décide de mettre un rideau derrière la Kabylie (...) on est mal, on manque de cohésion » répond le conférencier. Nafa, un des fondateurs de l’Association des Kabyles de France fait remarquer que « le temps joue contre nous ».
Malika Baraka, du Cerak remercie le conférencier de mettre « le doigt là où ça fait mal ». « On est incapables de se prendre en charge et on demande à Bouteflika de nous donner l’autonomie » ajoute la militante. Réponse, « Il faut faire un état des lieux au-delà des suspectibilités ». Une autre personne revient sur la critique de l’autonomie : « Le Mak est le seule mouvement visible et on veut le casser ». Devant un brouhaha, le président de Tamazgha répond que « les Kabyles n’ont pas un seul parti, ils n’ont pas besoin d’un prophète ».
De nombreuses remarques suivent, sur le sentiment de corruption dans les partis kabyles et les associations, sur le danger que courent la langue. « On en est à un tel point que même le problème de la langue devient secondaire », admet le conférencier.




