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Expolangues, l’État nation et la diversité linguistique

samedi 28 janvier 2006, par Rezki Mammar

Le salon Expolangues 2006 s’est tenu entre le 18 et le 21 janvier Porte de Versailles à Paris. et l’Allemagne était l’invité d’honneur. Laissant de côté les entreprises venues vendre des manuels scolaires, nous avons rencontré les représentants des langues minoritaires ou en lutte pour leur reconnaissance.

Dans le cadre de la préparation de l’émission radio de Vox Populi ( à paraître mercredi 1er février) nous avons interrogé quelques acteurs présents à Expolangues. L’espéranto, l’alsacien, le catalan, le kanak étaient là pour se faire connaître, mais aussi pour rappeler que la diversité varie énormément selon le pays où l’on vit.
" La langue de la République est le français " proclame une brochure de la DGLFLF, la délégation chargée des langues auprès du ministère de la Culture. Une évidence telle qu’on en mesure rarement les conséquences : en un siècle plus des trois quarts de la population française a changé de langue maternelle. L’occitan, autrefois parlé dans les cafés et dans les foyers a quasiment n’est plus qu’un " patoi " selon le terme consacré.

L’État fait peu ou presque. Comme d’autres langues régionales, le provençal a subi une hémorragie de locuteurs : il serait aujourd’hui parlé par 100 à 150 000 personnes couramment. Mais le recul a aussi provoqué une prise de conscience. " En cinq ans nous avons fait beaucoup de chemin puisque nous avons créé un festival. Nous sommes aidés de façon remarquable par la région Provence Alpes Côte d’Azur " raconte Jean-Pierre Richard, président du Colletif Provence. Effectivement, Michel Vauzelle président de la région et qui pratique lui-même le provençal a accompagné le virage.
Ailleurs, les conseils régionaux ont créé des organismes pour standartdiser et dynamiser la langue. C’est le cas en Alsace et en Bretagne, cette dernière possède un Office de la langue bretonne.
Autrefois considérée comme un danger pour l’unité linguistique, le breton a lui aussi redressé la tête. Pour preuve, l’opinion soutient largement la langue et en 2005 le Conseiil régional vote à l’unanimité une politique de soutien plus active.

L’Espagne, une nation plusieurs langues

A côté de la prise de conscience au niveau local, il faut signaler les engagements pris par l’Europe en matière de diversité linguistique. " On n’a pas de reconnaissance officielle puisque l’Etat a signé mais pas ratifié la Charte européenne des langues régionales et minoritaires " explique Erwan Le Coadic membre de l’Office de la langue bretonne. Que dit cette charte ? Elle considère que " le droit de pratiquer une langue régionale ou minoritaire dans la vie privée et publique constitue un droit imprescriptible, conformément aux principes contenus dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques des Nations Unies, et conformément à l’esprit de la Convention de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentales du Conseil de l’Europe ".
Mais si la France n’a pas suivi cette voie, d’autres pays l’ont fait.
L’Espagne, en même temps qu’elle a instauré la démocratie a fait du catalan, du basque et du galicien des langues co-officielles dans chacune des provinces où elles sont historiquement pratiquées. Avec 7 à 11 millions de locuteurs, le catalan dépasse largement sa région puisqu’on le comprend même sans le parler. Un exemple ? L’Institut Ramon Llull promou l’ensenyament del català a les universitats i altres centres d’estudis superiors d’arreu del món, bref tout le monde comprendra le rôle de cette institution catalnophone . Lors de nos entretiens, plusieurs de nos interlocteurs citent l’exemple catalan, où le cinéma, la littérature en génral, les activités économiques et la vie quotidienne bénéficient d’un traîtement bilingue.


Ci-dessus, Le Petit Spirou en version espéranto

Un impôt linguistique

En France, la classe politique reste majoritairement insenseible à la diversité linguistique, du moins pas à l’échelle nationale. La DGLFLF Délégation générale à la langue française et aux langues de France n’a pas de réels pouvoirs (les deux dernières lettres du sigle ont été ajoutées pour témpérer un peu le discours jacobin ambiant). En théorie, rien ne change et la préoccupation essentielle des pouvoirs publics concerne la pression de l’anglais. En 2005, le rapport Grin, remis au Haut conseil de l’évaluation de l’école s’est penché sur les politiques en matière d’enseignement des langues. Parmi les orientation retenues, celle de l’espéranto : une langue facile à apprendre, financièrement avantageuse et qui permettrait de dépasser les intérêts nationaux au sein de l’Europe. Membre de l’association Espéranto France, Laurent Vignaud se félicite que le rapport mette le doigt sur l’inéquité du monolinguisme : " Les élèves des pays non anglophones doivent consacrer énormément de temps et d’argent pour apprendre l’anglais. C’est un investissement énome qui favorise seulement un ou deux pays de l’Union européenne ". Le rapporteur suisse François Grin appelle cela un ’ impôt linguistique ". Là encore l’Europe vient poser la question de la diversité là où les États croyaient avoir tranché.


Ci-dessus, Laurent Vignaud, d’Espéranto France

Office de la langue bretonne
Institut Ramon Llull
Espéranto France_ Délégation àgénéral à la langue française et aux langues de France
Rapport Grin " L’enseignement des langues étrangères comme politique publique (PDF)

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