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Du panberbérisme au dilemme kabyle

mercredi 16 novembre 2005, par Rezki Mammar

La question berbère est-elle une formulation détournée de la problématique kabyle ? Dans un ouvrage paru en 2004, Maxime Aït Kaki avait donné une lecture critique du panberbérisme. Le 12 novembre dernier, Tamazgha a invité l’universitaire à un débat.

La problématique berbère en Afrique du Nord est une sorte d’objet non identifié. La montée en puissance de l’islamisme a presque fait oublier aux observateurs qu’un autre phénomène est à l’œuvre : la revendication culturelle et linguistique des berbérophones. Cette population de 20 millions de personnes, principalement des Marocains et des Algériens aspirent à sortir de la marginalité.

Un contexte favorable

La réflexion sur les problèmes nationalitaires n’a pas le vent en poupe. Reléguée au second plan après la Seconde guerre mondiale et la guerre froide, elle a refait surface après la chute du mur de Berlin en 1989. La atrocités des deux guerres mondiales ont jeté un voile trouble sur le nationalisme au sens large.

Le discours alarmiste sur les identités oublie le rôle joué par les mouvements nationalistes au cours de la décolonisation, par exemple. « Le nationalisme reste un élément libérateur » estime Maxime Aït Kaki.

Par-delà le berbérisme

Dans La Question berbère ou le dilemme kabyle, Maxime Aït Kaki déconstruit le panberbérisme (qui fait référence à l’existence d’une entité berbère allant du Maroc au désert égyptien et de la Méditerranée au Sahel). Pour l’auteur, ce discours présente quelques symptômes comparables à ceux du panarabisme : la tentation de gommer les différences sociales, linguistiques entre des population différentes. « Il [le berbérisme] devient vite un discours normatif. La réalité est autre, multiple, complexe ».

Du reste, depuis la fin des années 80, les Etats marocain et algérien ont largement récupéré à leur compte les revendications berbères, « pour les noyer dans la masse ».

La stratégie d’évitement

Cette problématique qui est devenue nord africaine cache en fait une question liée à la Kabylie. La plus importante région berbérophone de l’Algérie s’est retrouvée hors-jeu à l’indépendance du pays. Disqualifiés après la révolte de 1963, les Kabyles se retrouvent suspects, isolés politiquement. D’un côté la majorité a choisi de se couler dans le moule : adopter des valeurs arabo-islamistes, de l’autre un courant qui tente de se trouver des alliés berbères dans les autres régions et dans les pays voisins.

Quel avenir pour la Kabylie ? Soit laisser cette entité culturelle se diluer et la langue se créoliser. La tendance actuelle est à la pénétration accélérée de l’arabisation et à la démobilisation. « On est dans une stratégie d’évitement du fait sociologique kabyle » explique Maxime Aït Kaki, et d’ajouter : « Tant qu’il n’y a pas d’adhésion volontaire à ce principe, on débouchera toujours sur cette impossibilité à exister ». Une idée à méditer à la lumière de l’actualité.

axime Aït Kaki : La question berbère ou le dilemme kabyle à l’aube du XXIème siècle (L’harmattan) 2004.
Une version enrichie de cet article est parue sur Kabyles.com

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