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Djaffar-Benmesbah, quand l'art est un combatDjaffar-Benmesbah, quand l’art est un combat

jeudi 13 février 2014, par Rezki Mammar

Le peintre participe à une exposition à Aubervilliers. Mais Djaffar Benmesbah est aussi journaliste, écrivain et militant un témoin de la censure algérienne, de l’arbitraire et un regard lucide sur les enjeux culturel et politiques.

Arrêté quatorze fois, torturé par les autorités algériennes, menacés par les islamistes, Dhaffar Benmesbah est un personnage clé du militantisme pour la démocratie et la berbérité. Artiste, il expose ses peintures à Aubervilliers à partir du 15 février et pendant deux semaines à L’Auberge kabyle. Djaffar Benmesbah nous a accordé un entretien, pour parler de ses créations et de son parcours militant, un échange à bâtons rompus sur ses écrits, sur le problème de la mobilisation militante et de la mémoire.

Quel impact a eu votre livre sur l’sassinat de Matoub Lounès ?

Le livre [1] n’a pas eu beaucoup d’impact. Il faut se remettre dans le contexte : Nordine Ait Hammouda a été impliqué par certaines personnes dans l’assassinat, une implication à tort car il n’y est vraiment pour rien, on lui a collé ça sur le dos. Ce qu’il faut ajouter, c’est que le livre est entièrement à moi. Nordine Ait Hammouda a écrit moins d’une dizaine de pages, spécialement sur l’activité des terroristes en Kabylie. Ce qui est étonnant, c’est que le livre a été vendu à des milliers d’exemplaires et que je n’ai reçu que 9 000 dinars. Abrous Outoudert [éditeur et actuel directeur de publication du qutodien Liberté] a dit que les coauteurs ont pris 750 000 dinars, ceci en 2004. J’ai donc décidé d’attaquer M. Outoudert en justice. J’espère que cette action va aboutir, je ne me fais pas d’illusions. J’ai pris contact avec un avocat à Alger. Je poursuis l’éditeur par principe, je n’aimerais pas qu’on dise que j’ai été idiot à ce point. En réalité, Nordine Ait Hammouda ne devait pas figurer comme coauteur, j’ai juste fait appel à lui comme témoin. Si je venais à apprendre qu’il a pris l’argent, je serais énormément déçu, venant de quelqu’un qui s’attaque à la corruption. Pour moi Abrous Outoudert est le seul responsable dans cette affaire.

Quels sont vos derniers écrits ?

J’ai un recueil de poésie qui sort bientôt et un roman à paraître dans trois mois.

Quel regard portez-vous en tant que journaliste et militant sur l’ambiance politique surréaliste qui règne en Algérie ?

Je pense que nos politique, c’est à dire nos leaders se sont trompés dans la manière d’encadrer les militants, surtout à Alger. Je vais vous raconter une anecdote : Une fois nous étions trois amis, c’était la première fois que l’on déclenchait à Alger une grève du couffin. Parmi nous se trouvait la première femme à intégrer un noyau d’activité politique, elle s’appelle Nassima Nefad. Nous avions fait des tracts pour appeler à une grève car les prix avaient flambé. Résultat, les marchés de la Lyre et celui de Randon étaient vides. C’est quelque chose d’extraordinaire. On m’a convoqué, juste pour me demander s’il y avait un parti derrière cette initiative. Or à l’époque les partis politiques n’existaient pas encore légalement. Quand plus tard je disais qu’il fallait recruter des gens de la Casbah, on me disaient qu’un étudiant de Bab Ezouar valait mieux que cent personnes des quartiers populaires. C’était faux et cela reste faux, car ce sont ces gens-là qui font la révolution. D’ailleurs, le FIS en a apporté la preuve. Je le dis et je le précise, ceux qui ont adhéré au FIS dans les premiers temps n’ont pas été poussés par une impulsion religieuse mais par une contestation qui les animait. Les motifs de mécontentement étaient nombreux, mais personne n’est arrivé à les accueillir et à les encadrer. On les regardait de haut. Dans les quartiers populaires, le RCD était vu comme un parti de PSD, d’intellectuels, le FFS était étiqueté comme kabyle au sens primaire du terme. Le PAGS n’en parlons même pas, il suffit de dire " communiste " et c’est fini. Donc le FIS a raflé la mise.

Pouvez-vous nous parler d’Etoiles nord africaines ?

C’est une association que nous avons constituée ici en France, elle a reçu l’agrément en 2010. Nous avons choisi ce nom par clin d’œil ironique à Messali Hadj qui n’était là que pour la récupération et qui avait fait main basse sur l’Etoile nord africaine. Nous avons porté plainte contre les généraux algériens pour la répression du Printemps noir de 2001, notre dossier n’a pas été jugé suffisant pour être pris en compte. Nous avons repris récemment face aux événements qui secouent le Mzab qui nous interpellent. A côté de cela nous soutenons des groupes actifs en Tunisie et au Maroc.

Que recherches-vous à travers la peinture ?

Je suis très axé sur la femme berbère. J’ignore pourquoi, mais je ne peux pas peindre autre chose qu’une ambiance où elle apparaît à travers le combat qu’elle mène depuis deux mille ans. Cette lutte contre l’impérialisme chez la femme berbère est une spécialité, comme le couscous.

Vous allez exposer avec un autre peintre, Moho. Vous le connaissez ?

Oui, on s’est un peu connu à Alger. J’ai aussi fréquenté ses aînés car nous étions tous dans la nébuleuse de la clandestinité politique.

A L’Auberge kabyle, vous avez réalisé deux fresques avec des portraits d’artistes et de militants...

C’est un hommage aux vivants et aux morts. Par exemple Ahmed Saber : quand je vois des militants qui ne le connaissent pas et qui se disent initiés, c’est comme si un bachelier ne connaissait pa sun auteur au programme. J’ai été fier de peindre également Ben Hanafi, que j’ai connu à Alger. Là bas tout le monde l’appelle « Dda Laacha ».

Exposition à L’Auberge kabyle

L’exposition dure deux semaines, elle commence le samedi 15 février et se déroule au café L’Auberge kabyle au 67 rue Hélène Cochennec à Aubervilliers.

Djaffar Benmesbah en quelques dates

  • 1959 Naissance à Alger dans une famille originaire d’Ait Ouacif
  • 1995 échappe à un attentat
  • 1996 il participe aux commissions nationales chargées de rédiger une nouvelle Constitution
  • 2001 participe à la commission Issad chargée d’enquêter sur la répression du Ptinemps noir en Kabylie
  • 2003 publication un livre enquête Assassinat de Matoub
  • 2004 installation en France
  • 2010 Création d’Etoiles nord africaines, association militante

[1Assassinat de Matoub : vérités, anathèmes et dérives est paru en 2003 (éditions SAEC-Liberté

Commentaires

  • Merci à tous ceux comme ce Mr maintiennent encore nos têtes hors de l’eau !!

  • Bonjour,

    Je souhaiterai obtenir les coordonnées de Monsieur Djaffar BEN MESBAH.
    En effet, je pense qu’il serait susceptible d’être un oncle a moi, ma mère se nomme BEN MESBAH Tassadit et est native du village des AIT ABBAS daira des Ouacifs Wilaya de Tizi OUZOU, et mon père est natif du douar IBOUDRARENE plus précisément ait ali ouharzoune, il a vécu avec ma grand mère paternelle qui elle est native du village de Zahloun daira des Ouacifs.
    J’y ai passé une partie de mon enfance (durant les vacances scolaires) entre le village de naissance de ma mère et le lieu ou a vécu mon père, je tente actuellement de reconstituer mon arbre généalogique.Je vis en france dans le département des yvelines.
    Toute réponse serait la bienvenue.

  • bonjour,
    je veux passer un message à djafffar benmesbah.on s’est perdu de vue depuis la décennie noir. on a travaillé ensemble dans le journal l’independant. je vous ai envoyé un message à travers un ami commun : le professur à l’université de mostaganem mahiedine. je suis content pour toi :tu es toujours debout comme le mont de lala khedidja qui surplomb notre région : les ouacifs donne moi de tes nouvelles et tes projets. quant à la cousine qui cherche son arbre généalogique je lui dit qu je suis aussi un benmesbah originaire du village ait abbas. je suis sur le même projet depuis des années.

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