jeudi 11 mai 2006, par rezki
Le Maroc n’est pas le pays dont parlent les autorités de Rabat. Un rapport officiel présente le royaume chérifien comme une société multiculturelle sans histoires. Mais les membres du CESCR (Comité des droits économiques, sociaux et culturels) vont également prendre en compte le témoignage de l’association Tamazgha. L’association présente un contre rapport destiné à montrer la face sombre du Maroc : une trentaine de pages pour résumer l’essentiel des discriminations linguistiques à l’encontre de la population amazighe (berbère).
Les berbérophones représentent au bas mot 40% de la population marocaine selon Salem Chaker (Berbères aujourd’hui, L’Harmattan 1998). Parler de majorité serait donc plus juste, d’autant que le gouvernement marocain a rendu public le chiffre de 75% sur le site institutionnel www.maroc.ma (écrit en langue arabe).
A partir de ce constat, Tamazgha relève plusieurs formes de discrimination de l’Etat marocain sur sa population berbère. Destiné au CESCR, le rapport s’attache naturellement à dénoncer les atteintes au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. " La discrimination anti-berbère est un fait officiel, délibéré et organisé, inscrit dans la Constitution ", souligne Tamazgha. Les textes fondamentaux du pays ne font pas référence à la composante berbère. La Constitution de 1996 stipule que " Le Royaume du Maroc, Etat musulman souverain, dont la langue officielle est l’arabe, constitue une partie du Grand Maghreb Arabe ". L’appartenance au monde arabe est donc gravée dans le marbre.
Selon Tamazgha, cette situation fait de l’enseignement le moyen privilégié d’arabiser la population. L’association critique sévèrement l’Ircam (institut royal chargé d’introduire le berbère dans la société marocaine) et le " lien vassalique " entre l’Ircam et l’Etat.
Autres formes de discrimination relevées : l’usage massif de l’arabe dans l’administration, dans les médias, dans la production culturelles. Pour les auteurs du rapport, ce sont autant de moyens de marginaliser les langues et la culture berbères.
Tamazgha donne des exemples d’arabisation de noms de lieux : Ifri, transformé en Sidi Ifri ou Tazagourt devenu Zagoura montrent une volonté généralisée d’effacer toute trace du caractère berbère de la toponymie marocaine. Cette politique se retrouve dans l’interdiction des prénoms berbères. Des fonctionnaires d’état civil ont ainsi refusé à des parents d’appeler leur enfant Sliman, Dihia ou encore Amazigh (voir notre article). La Fédération internationale des droits de l’homme a fait état de ces discriminations en 2003. Selon le site de Tamazgha, le ministre marocain de la Justice Mohamed Bouzoubaâ a confirmé devant le CESCR l’existence d’une circulaire interdisant les prénoms amazighs.
Le cas d’Azetta (Réseau amazigh pour la citoyenneté) est l’un des nombreux exemples d’atteintes à la liberté d’association. Cette organisation n’a toujours pas obtenu son enregistrement auprès des autorités. En juillet 2005, les membres d’Azetta ont donc décidé de passer outre et de tenir un congrès. Tamazgha propose des mesures qu’elle juge nécessaires pour réduire les discriminations : notamment l’enseignement obligatoire du berbère, la levée de l’interdiction des prénoms, la création de médias berbérophones. Après l’examen des deux rapports, le CESCR pourrait alors renouveler ses recommandations au Maroc.