
- Belaïd Abrika
Depuis l’indépendance algérienne, la Kabylie, essentiellement berbérophone est confrontée à un Etat arabophone dont les références s’inspirent du nationalisme arabe. A plusieurs reprises, en 1963, en 1980 et depuis 2001, la rue affronte ouvertement les forces de l’ordre. En 2001, la protestation a tenté de so’rgansser en un mouvement dénommé Aarachs, inspiré des structures tradtionnelles villageoises. D’abord sans leaders, ce mouvement a sucité l’espoir des Kabyles, la structure horizontale de l’organisation devait favoriser une concertation permanente entre les délégués des villages et des quartiers urbains.
Né en 1969, enseignant à l’université de Tizi Ouzou, Belaïd Abrika est devenu la figure la plus connue du mouvement. En 2001, lorsqu’éclate la répression contre la Kabylie, il devient un élu de son quartier, celui des Genêts. D’abord hostile au dialogue, le barbu jovial a fini par accepter de négocier avec le gouvernement. Lors de la rencontre avec les étudiants de Paris VIII et d’autres personnes extérieurs, beaucoup ont des questions à poser. La majorité des intervenants ont des reproches à adresser. Certains accusent Belaïd Abrika d’avoir refusé le dialogue au moment où le rapport de forces était favorable à la Kabylie. D’autres reprochent au délégué d’avoir pactisé avec l’Etat. Kamel Saïdi, président de l’association Tikli pose aussi quelques questions lues sur Internet, dont l’une est particulièrement osée : « Comment peut-on sortir plus lourd d’une grève de la faim ? » Globalement, la salle montre qu’elle est déçue par le mouvement citoyen depuis ses débuts en 2001.

- Belaïd Abrika et Kamel Saïdi
Belaïd Abrika dément les accusations de complicité avec Alger, il rappelle son parcours : la clandestinité en 2002, puis son arrestation en octobre de la même année, sa grève de la faim (après laquelle il a grossi, à cause de l’absence d’activité physique dans les prisons). Les autres mises en cause visent le mouvement des Aarchs dans son ensemble, elles concernent l’absence de représentation des femmes dans l’organisation, mais aussi son hostilité à l’égard des autonomistes kabyles. Imperturbable, le délégué affronte ses contradicteurs. Dans la salle, plusieurs blessés victimes du Printemps noir de 2001 actuellement soignés en France sont venus renc écouter
Une académie de langue berbère
Après la conférence, Belaïd Abrika a répondu aux questions des principaux sites Internet kabyles. Interrogé sur les élections législatives algériennes, le délégué assure que ni lui ni le mouvement ne se présenteront. Pas plus qu’il n’y aura de soutien à Reda Malek, il s’agirait d’un bruit. Le choix de l’alphabet n’est pas encore tranché s’agissant de la langue berbère en Algérie. : Nous avons demandé à notre interlocuteur de nous expliquer les positions du mouvement citoyen dans ce domaine : « Personnellement, je suis pour le tifinagh. Maintenant en tant que mouvement, nous disons que nous laissons les spécialistes choisir ». Le délégué nous apprend enfin qu’une académie pour la langue berbère va être créée par l’Etat algérien, « dans quelques jours ». Nous ne saurons pas s’il s’agit d’un effet d’annonce, d’une réalité ou si l’Etat cherche à passer en force pour imposer l’alphabet arabe aux berbérophones.

Recommander cet article sur les réseaux sociaux