rezki.net

Accueil > Culture > Azayku, « le poète de la solitude collective »

Azayku, « le poète de la solitude collective »

jeudi 20 novembre 2008, par Rezki Mammar

Les associations Asays et Adlis ont organisé une rencontre autour de l’historien et poète marocain Ali Sidki Azayku. Cinq ans après sa disparition, cet intellectuel occupe une place unique dans le domaine de la création poétique en langue berbère, il est également devenu une figure centrale de la revendication amazighe au Maroc.

Ali Azayku est mort en septembre 2004, que reste-t-il de lui ? Un colloque organisé le 15 novembre à la Bourse du travail de Saint-Denis (dans la banlieue nord de Paris) par Asays et Club Adlis permet de donner un aperçu des multiples facettes du personnage.

L’anthropologue Tassadit Yacine a bien connu cet intellectuel marocain : « Azayku me rappelle beaucoup Mouloud Mammeri : il dépasse les génétations ». Les deux hommes, qu’ils soient marocain ou kabyle ont en commun le fait d’avoir su utiliser les différents apports de leur éducation, pour combiner la culture et la langue berbère transmise oralement et l’éducation francophone et arabophone acquise sur les bancs de l’école.
Tassadit Yacine note aussi la curiosité hors du commun du personnage. Azayku était capable par exemple de se mêler aux cercles musulmans pour tenter de connaître « l’islam vécu ». L’intervenante précise que l’homme était un laïc convaincu, mais qu’il éprouvait un désir de connaissance. Tassadit Yacine explique qu’à titre de comparaison ceci est « inconcevable » chez les Kabyles.
Troisième constat, le poète Azayku fait corps avec le contestataire politique. L’homme se dévoile et l’intervenante précise que « c’est là qu’on reconnaît la véritable figure de l’intellectuel qui ne recule devant rien ».

Toute la poésie est traductible

L’intervention de Tassadit Yacine est courte, elle souffre de la grippe et cède la parole pour se retirer. Claude Lefébure prend la relève. Ce chercheur français a traduit les poèmes d’Azayku, un artiste qu’il a bien connu.
L’intervenant précise à propos de son travail de traduction que « toute poésie est traductible », il en donne d’ailleurs des exemples en berbère et en français tout au long de son allocution. Lefébure explique à propos d’Azayku qu’« il a inventé la nouvelle poésie berbère moderne ». L’artiste marocain n’avait même pas une connaissance de la théorie dans ce domaine, il a juste été guidé par « l’urgence ». S’il fallait comparer ce poète à quelqu’un, ce serait à Mallarmé « pour son travail sur la langue ». L’homme écrivait la nuit, le plus souvent en marchant pour rythmer ses vers et Claude Lefébure le décrit comme « le poète de la solitude » et même de la « solitude collective ».
En tachelhit, c’est à dire le berbère parlé dans le grand Sud marocain, les poètes avaient jusque-là l’habitude de travailler uniquement à partir de motifs repris à leurs prédécesseurs : en gros, on faisait du neuf avec de l’ancien en adaptant les figures de style déjà existantes dans le but d’être accessible au plus grand nombre. Azayku a révolutionné cet art en inventant une poésie sans cesse renouvelée.

Un symbole

Le troisième intervenant, Didier Lesaout, sociologue à Paris VIII travaille sur le mouvement berbère et lors de ses entretiens au Maroc le nom d’Azayku revient régulièrement dans la bouche de ses interlocuteurs.
En 1982, dans sa onzième édition, la revue Amazigh publie un article de Ali Azayku, dans lequel il exprime la revendication linguistique berbère. Le texte, publié en arabe, tranche avec le discours habituel, plus implicite et limité à un discours culturaliste. Le 10 juin, jour de l’arrestation de l’auteur de cet article est devenue une date clé dans la mémoire des militants des générations qui ont suivi. Sans l’avoir voulu, Azayku est devenu un symbole après avoir passé un an et quatorze jours en prison : « Il devient la figure de proue du mouvement amazigh car il a été arrêté », précise Didier Lesaout.
Azayku garde une telle aura tout au long de sa vie qu’en 2002, à la création d’un institut chargé de la langue berbère (Ircam), sa présence au conseil d’administration de la nouvelle institution rassure les autres militants. Chose étonnante, personne n’a jamais critiqué cet intellectuel pour sa participation à l’Ircam, alors même que cet institut est critiqué. Le militant dépasse les clivage militants et régionaux, à la manière du leader rifain Abdelkrim avant lui.

Le public du colloque

Deux intervenants sont absents : Abdellah Bounfour, professeur de berbère à l’Inalco (Langues O) ainsi qu’un chercheur de l’Ircam, qui devait se déplacer depuis le Maroc. La rencontre a commencé par la projection d’un documentaire et s’est terminée par un récital pendant lequel le chanteur Mejja a interprété des poèmes d’Azayku.
Dans la salle, cinquante à soixante personnes, surtout des étudiants. C’est « un public de qualité », selon l’un des animateurs du colloque, qui précise que les gens se déplacent plus nombreux pour aller danser que pour ce type de rencontres. Parmi les personnes présentes, Malika Houzig, une jeune peintre dont les toiles sont exposées à l’entrée. Présents également, Kabylie TV, qui a filmé le colloque et qui en diffusera des extraits ainsi que Toulwa, une association d’aide aux habitants de Sidi Waaziz dans le Souss ou encore Mohand Lounaci, qui anime la revue Tifin, consacrée aux littératures berbères et dont l’un des prochains numéros sera justement consacré à Ali Sidki Azayku.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.