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Amazigh : un mot, un symbole

vendredi 11 octobre 2013, par Rezki Mammar

Une conférence passionnante de Salem Chaker permet de comprendre comment le terme « amazigh » a fini par s’imposer en Afrique du Nord, au point d’éclipser l’autre dénomination celle de [« berbère »]. Même les Etats algérien et marocain ont fini par accepter le symbole de la berbérité pour ne pas avoir à admettre la réalité.

Salem Chaker a animé une conférence le 9 octobre dernier à Paris dans une salle pleine de l’Inalco. Ceux qui sont arrivés en retard avaient le choix entre rester debout ou s’asseoir à même le sol. Le thème du jour a été « Berbère amazigh, tamazigh ou les méandre d’une dénomination ». Le conférencier a expliqué comment le terme « amazigh », qui signifie « berbère » en langue autochtone est parvenu à acquérir une légitimité pour désigner un peuple.

Amazigh, appellation non globalisante

Le fait est que les Berbères n’ont pas eu de terme pour se désigner dans leur totalité. Depuis des temps reculés on se réfère uniquement au groupe régional des uns et des autres : on parle des Kabyles, des Rifains, des Chleuhs et ainsi de suite. Les mots que l’on utilise actuellement (« amazigh » et « berbère ») sont plus récents.

L’appellation amazigh est attestée dans deux cas anciens, d’une part pour désigner un groupe régional du Moyen Atlas et de ses environs, dont la langue est également appelée tamazight. D’autre part, les Touaregs ont utilisé des noms comme Amahegh ou Amasheq pour désigner l’un des ses groupes principaux. Mais Salem Chaker insiste pour dire qu’historiquement amazigh ou ses dérivés phonétiques amasheq et autres ne font pas référence aux Berbères dans leur totalité.

Berbère, péjoratif mais subversif

Le mot « berbère » nous vient des auteurs arabes du Moyen-Age, ceux-ci utilisent cette appellation pour désigner les autochtones de l’Afrique du Nord Ouest dans leur globalité. Les auteurs arabisants ont recours à cette désignation pour parler d’un peuple qu’ils jugent difficile à diriger et dont la foi est perçue comme douteuse. Par la suite la langue française reprend ce terme. Le problème, c’est que berbère s’apparente à « barbare », il a un caractères péjoratif. Par ailleurs, les Arabes, en nommant les Berbères reconnaissent de fait l’existence d’un peuple différent, d’où le caractère subversif de cette appellation.

Les nationalistes algérien et marocains et plus tard les Etats indépendants ont pris pour habitude de ne jamais désigner les Berbères, dont ils se méfient. On atteint même un paradoxe, celui d’interdire l’usage d’une langue sans la nommer, on se contente alors de dire qu’on refuse le « langage populaire ». A partir des années 1970, les militants berbérophones commencent à utiliser massivement le terme amazigh à la place de berbère avec un sens globalisant. Cette désignation finit par être reprise institutions algériennes dans les années 1990 et marocaines dans les années 2000.

La stratégie des Etats

Salem Chaker a conclu en s’interrogeant sur les raisons qui ont pousser Alger et Rabat à accepter plus ou moins amazigh et ses dérivés, l’amazighité (la berbérité) et tamazight (la langue berbère). Pour le conférencier le terme amazigh est moins subversif que celui de berbère. L’universitaire a émis l’hypothèse selon laquelle les Etats algérien et marocain ont choisi la « neutralisation » de la problématique amazighe par son intégration, cela consiste à « donner et accorder du symbole pour ne pas avoir à accorder une réalité ».

Messages

  • En Taknara (= les Canaries), empleamos el gentilicio ’mahorero’ para referirnos a los habitantes de la isla de Fuerteventura. En espaol, ’mahorero’ tiene nicamente la significacin de "habitante de Fuerteventura", y, siglos atrs, tambin los habitantes de la isla de Lanzarote eran designados con ese gentilicio canario. Pensamos que ’mahorero’ es hispanizacin de ’amahagh’ (dialecto del Ahaggar). Un saludo fraternal.

  • Modération à priori, cela veut dire que mon commentaire ne sera pas publié s’il déroge a votre vision du monde adda Rezki. Vous en voulez au pouvoir mais vous faites comme lui. Salem Chaker dit que dans ce qui précède qu’il y avait une multitude de noms de tribus en Afrique du Nord et aucune conscience de l’unité d’un peuple et ce, jusqu’à l’invention des termes berbère puis amazigh. Cela voudrait dire qu’aucun état centralisé n’a émergé avant l’islamisation. Vous allez me dire et Massinissa. Comme si Massinissa n’était pas le produit de Rome, tout à fait comme nos actuels dirigeants obéissent à paris et peut être même à Tel Aviv. Les Algériens ont depuis toujours vécu en tribus et la preuve notre pouvoir actuel recrute en majorité de Tlemcen et de kabylie.

  • Mea culpa adda Rezki.
    "ان بعض الظن اثم" Nous dit le Coran, J’aurais du en tenir compte, mais... Je vous demande humblement pardon.

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