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Algérie : un seul candidat, le régimeAlgérie : un seul candidat, le régime

vendredi 4 avril 2014, par Rezki Mammar

Quel que soit le président élu, il sert le même clan et les mêmes valeurs.

Les présidentielles qui vont avoir lieu en Algérie le 17 avril prochain ont un seul candidat : le système, l’armée, la nomenklatura, autant d’appellations pour désigner le régime. C’est un jeu de passe-passe destiné à faire croire que tout est possible, alors que la plupart des candidats sont là pour donner un air de démocratie à la mascarade. Les postulants portent les mêmes valeurs.

L’islam comme religion d’Etat

Quel que soit son nom ou son grade dans l’armée, le président élu va maintenir le monopole d’une religion vieille de quinze siècles. Alors que les nations modernes accordent le mariage civil aux homosexuels l’Algérie possède plusieurs partis islamistes. Personne ne défend un modèle de société fondé sur une éducation neutre, une société ouverte à plusieurs croyances ni l’abolition du délit de blasphème inscrit dans la loi controversée de 2006.

L’arabe comme langue dominante

Le régime algérien est passé d’une politique de refus catégorique du berbère (le temps de chasser la langue française du paysage) à une arabisation par la ruse. Depuis les années 1990 l’Etat a timidement introduit tamazight (le berbère) à l’université, dans les médias et dans les manifestations culturelles. En réalité il s’agissait de prendre le contrôle d’une revendication, pour transformer les militants en salariés obéissants. Ceux qui ont refusé de pactiser ont été assassinés. L’objectif est de faire croire à une normalisation en accordant de faux privilèges. L’officialisation de tamazight fait partie des promesses sans lendemain. Le combat linguistique a commencé dans la rue, il a une histoire, des héros et on ne peut pas dissocier une revendication de l’histoire de celle-ci.

Le culte de la guerre dite « de libération »

Chaque jour qui passe, le discours officiel nous répète que nos aînés se sont sacrifiés. C’est tout à fait exact, sauf que beaucoup de combattants de l’indépendance ont été zigouillés par des factions rivales. Loin d’être un conflit ouvert contre la France, la guerre d’Algérie est surtout une guerre civile où des arabisants ont massacré des berbéristes, où le FLN a liquidé des messalistes, des harkis réels ou pas et beaucoup d’innocents qui ont eu la malchance se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Il y a aussi un tabou colossal qui consiste à cacher que cette guerre a été menée surtout en Kabylie et dans les Aurès. Par ailleurs, le régime a fait main basse sur le récit de la décolonisation pour distribuer des passe-droit, de pensions et entretenir une surenchère idéologique. C’est ainsi que l’équipe de campagne du président sortant Abdelaziz Bouteflika clame que son candidat est un héros national. Il n’y a qu’un moyen de le savoir, lire des livres d’histoire écrits par des auteurs indépendants.

Le régionalisme

Pour mettre un peu de colle sur le puzzle algérien, les candidats nous clament leur amour de la patrie. Rien n’est plus faux. Les deux principaux prétendants à la présidence sont de purs produits d’un pays au bord de l’éclatement. Abdelaziz Bouteflika est le candidat de l’Ouest avec Tlemcen comme fief et Ali Benflis roule pour l’Est. Qu’on n’aille pas croire que Benflis est un Chaoui opposé au régime, il occupe ce terrain pour le compte du régime. L’un et l’autre ont pris soin d’enrôler des soutiens de l’autre " camp " pour donner le change. Chacun a même des Kabyles a son service car c’est bien connu, en Algérie tout le monde a le droit d’être régionaliste, sauf en Kabylie.

Une politique répressive en Kabylie

Les deux principaux candidats, Bouteflika et Benflis ont un autre point commun, ils étaient tous les deux au pouvoir lorsque les forces de l’ordre ont saigné la Kabylie en 2001. Le premier était président, le second premier ministre. L’abstention massive montre à quel point la Kabylie a la mémoire solide.

Commentaires

  • La campagne se déroule sur fond d’une guerre des tranchées entre le Clan Boutef (ex-MALG) et le Clan Mediene-Nezzar (DRS = néo-MALG)) . Le remodelage de certaines structures de l’Armée a exacerbé les tensions. Cela s’est manifesté par le rattachement de certaines Directions du DRS à l’Etat-major et le limogeage de plusieurs Généraux proches de Toufik, Chef du DRS. Ce "nettoyage" des Ecuries d’Augias est du à une exigence des Services américains et britanniques après le carnage perpétré par le DRS à In Aménas. Les attaques par chiens de gardes interposés étient étalées dans les médias. Parallèlement, le DRS a maintenu la pression sur le Chef de l’État au sujet d’un éventuel soutien pour un 4e mandat. Ce qui a fait que, miracle à l’algérienne, les affrontements ont cessé et, quelque temps après, Bouteflika a annoncé sa candidature à sa propre succession, suite à un (fragile) consensus au sommet, et subitement, les affrontements médiatiques se sont arrétés. Mais la fracture au sein de l’Armée est profonde et le cessez-le-feu n’est que temporaire : les affrontements vont reprendre à l’occasion de la désignation du Vice-Président...

    La guerre des Clans va reprendre de plus belle, après la Présidentielle. L’alternative tout aussi détestable est que les deux Clans s’entendent sur un partage du pouvoir et de la rente afin de faire perdurer le " système militaro-mafieux " en place depuis 1962. Il faut espérer que ce qui nous attend ne sera pas une nouvelle guerre civile. Ou encore pire, l’affrontement débouche sur une situation à la libyenne ou à la syrienne. Ce qui est sur, le pays rentre dans une nouvelle période de glaciation...après un bilan plus que catastrophique, un désastre. Alors que, jamais les prix du pétrole n’ont été aussi élevés ; quasiment tout le temps entre 100 et 140 $ le baril, qui ont rapporté une manne gigantesque... l’économie du pays est dépendante d’un seul produit, en l’occurrence le pétrole. Le marché est inondé, mais rien n’est produit en Algérie, tout vient de l’étranger. On a affaire à un immense bazar, dans lequel on ne fait qu’acheter et vendre des produits fabriqués ailleurs. L’Algérie ne vit que de son pétrole...L’après-pétrole s’approche : le pays retombera dans une misère effroyable. Les Généraux pouvoir ne seront pas concernés, car avec les milliards de dollars qu’ils ont détournés, ils ont assuré leur survie et celle de leur descendance. Ils quitteront ce peuple de miséreux pour aller vivre en Europe, en Amérique ou à Abou Dhabi. J’aimerais bien me tromper, mais je crois que, malheureusement, c’est ce qui nous attend.

  • " Filous " , par François SERGENT, EDITORIAL, Libération , le 11 avril 2014,

    L’Algérie invente l’ultime mascarade. L’élection d’un mort-vivant, invisible et inconscient, trop malade pour apparaître en public ou a fortiori faire campagne. Une poignée d’opposants bidon, compères de la farce, signent le tableau de cette comédie orchestrée par les vrais patrons du pays, les généraux, leurs enfants et leurs amis. Pour filouter tranquille, le pouvoir a contrôlé et limité les visas des journalistes et des observateurs internationaux.

    Cette élection est finalement à l’image d’un pays Potemkine où tous les pouvoirs et toutes les richesses sont accaparés par une oligarchie clientéliste corrompue et corruptrice. « Le système », comme le disent les Algériens qui ne sont pas dupes de cette farce ubuesque.

    Ou comment détruire un grand pays riche de ses hydrocarbures mais plus encore de ses élites et d’une jeunesse qui aspire à une Algérie meilleure. L’histoire tourmentée de ce pays et la responsabilité de la France de la colonie et de la guerre d’indépendance n’expliquent pas tout et n’excusent pas tout. Pas plus que la guerre civile qui aurait rendu les Algériens à tout jamais rebelles aux changements et aux révolutions qui ont éclairé tous les autres pays de la région. Pourquoi les Algériens seraient-ils le seul peuple arabe à tout jamais interdit d’Etat de droit et de démocratie ? La France de François Hollande sera sans doute le premier pays à féliciter au soir de son « élection » Bouteflika. A cautionner cette fiction. Et à désespérer les Algériens.

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