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Algérie, Maroc et immigration, regards croisés sur la question berbère

lundi 8 mars 2010, par Rezki Mammar

L’affirmation de l’identité berbère en Afrique du Nord est sortie de l’ombre mais sa situation est paradoxale et en pleine mutation, tels sont les propos de trois chercheurs réunis le 27 février dernier lors d’un échange organisé par Azal et Tamaynut France. La rencontre a permis de confronter les situations de l’Algérie, du Maroc et des pays d’émigration.

Tassadit Yacine est anthropologue et enseigne à l’EHESS à Paris, Mehdi Iazzi est linguiste à l’université Ibn Zohr d’Agadir et Didier Le Saout est sociologue, il étudie les mouvement sociaux nord-africains à l’Institut Maghreb-Europe de l’université Paris VIII. Le 27 février, ces trois chercheurs ont dressé un panorama de la question berbère telle qu’elle se pose en Algérie, au Maroc et et dans l’immigration à l’invitation des associations Azal et Tamaynut France.

Algérie-Egypte, « un bond de 5 000 ans »

En trente ans, on est passé d’une situation de clandestinité à une sorte de semi-reconnaissance. En Algérie, plusieurs université proposent un cursus en langue berbère, mais selon Tassadit Yacine, il y a un problème de formation et une coupure entre les berbérisants du pays et ceux de l’étranger. « Comment peut-on faire la reproduction des élites ? » se demande l’anthropologue kabyle.
S’agissant de l’attitude de l’opinion, Tassadit Yacine trouve que l’identité berbère est mieux acceptée, elle cite l’exemple de l’Oranie où elle a séjourné et ajoute que le match entre l’Algérie et l’Egypte a révélé « un bond de 5 000 ans ».

Au Maroc, Mehdi Iazzi distingue plusieurs périodes dans les relations entre les dirigeants et la composante berbère du pays. Dans un premier temps, il y a eu la « criminalisation », puis après les années 90 une « reconnaissance en marge ». En 2002, le roi a créé un Institut de la culture amazighe, mais cette ouverture timide ne change rien au contenu des lois et de la Constitution, qui ignorent les Berbères. Le linguiiste considère que « la guerre est encore déclarée ».

La montée du « référent local »

Didier Le Saout reprend les expériences algérienne et marocaine pour constater que face aux revendications, les Etats algérien et marocain ont commencé à introduire l’amazighité dans quelques institutions comme l’école, l’enseignement supérieur, la télévision et même dans la Consitution algérienne. Du côté du mouvement, cette institutionnalisation a créé un vide énorme désormais occupé par le « référent local ». Ce référent local, cela consiste à ne plus se définir comme un Berbère en général ou un Berbère d’un pays, mais avant tout comme un Kabyle, un Chleuh ou un Rifain. C’est ainsi que l’on a vu émerger, en particulier dans l’immigration des revendications autonomistes pour Kabylie, le Rif et le Sud du Maroc. Didier Le Saout donne un exemple particulier, celui du collectif Tafsut 2010, né récemment pour célébrer les trente ans du Printemps berbère, dans lequel il observe « une kabylisation des référents ». Effectivement, au fil des réunions, plusieurs organisations comme les autonomistes du Mak demandent à mettre en avant le caractère kabyle de l’événement. L’Association des Kabyles de France est également sur cette ligne, alors que d’autres associations comme Tamazgha se projettent à l’échelle nord-africaine, donc panberbère.

Messages

  • L’autonomie et pourquoi pas l’indépendance de la Kabylie, c’est un phénomène qui s’inscrit dans la droite ligne de la mondialisation. Tout comme le berbérisme en son temps, il ne faut pas pour autant faire n’importe quoi. La construction nationale kabyle n’est pas encore une réalité, combien de gens en ont déjà entendu parler au pays ? Il faut que ça parte des villages avec un discours simple ancré dans la vie quotidienne. Aux Etats Unis et en Inde, les indépendantistes ont réussi parce qu’ils ont su aller dans le sens des problèmes sociaux des gens. En Kabylie, ni les autonomistes ni les partis algérianistes ne relaient les problèmes sociaux du peuple.

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